Surnommé affectueusement «Holom» (dérivé du mot rêve) par les Egyptiens, Abdel Halim Hafez, atteint dans son enfance par la bilharziose, est mort le 30 mars 1977 à l’âge de 48 ans. Les magazines lui rendent hommage cette semaine avec des numéros spéciaux tandis qu’un film retraçant sa vie est en préparation.
Idole des adolescentes, «Holom» fut aussi le chanteur de la révolution nassérienne qui mit fin à la monarchie en 1952.
Il a joué dans 16 films à succès, interprété 248 chansons et ses disques battent des records. En 1996, il a été choisi comme chanteur de l’année au hit-parade de la radio égyptienne.
«Il reste au sommet», affirme M. Magdi Amroussi, directeur de la société Saout el-Fan (La Voix de l’art), qui détient les droits sur les chansons d’Abdel Halim Hafez et qui fut aussi son confident.
«Ses chants patriotiques se vendent comme des petits pains en Egypte et ses mélodies d’amour, comme «Ahouak» (Je t’aime) ne connaissent pas de frontières dans le monde arabe, relève-t-il. La sincérité, le choix minutieux des textes et des mélodies furent la clef de son immense succès».
«Sa popularité est trois fois plus grande que la mienne et il demeurera la vedette de la chanson arabe pour encore au moins un siècle», reconnaît humblement dans l’hebdomadaire «al-Dostour» l’actuelle star de la chanson arabe, Amr Diab.
Héritage
artistique
«Son succès mérite d’être montré au cinéma», estime le célèbre acteur égyptien Ahmed Zaki, qui jouera le rôle de Holom dans un film de Daoud Abdel Sayyed. «Abdel Halim reflète une époque et ses chansons constituent la référence de cette période, qui a marqué toute ma jeunesse», ajoute celui qui incarna le Raïs dans le film à succès «Nasser 56».
«Nous montrerons des aspects inédits de la vie de cet homme qui nous a laissé un héritage artistique inoubliable», précise l’acteur.
L’Egyptien Mohamed Sarouat ou la Libanaise Majida Roumi interprètent toujours les œuvres de Abdel Halim Hafez, des visiteurs de tous les pays arabes fleurissent sa tombe au Caire et visitent son appartement dans le quartier chic de Zamalek.
Originaire du village de Halawat, dans le Delta du Nil, le chanteur vécut toute sa vie dans une longue souffrance et fut obligé de suivre un régime alimentaire draconien, ce qui a probablement ajouté à son charme et en a fait un personnage tragique.
«Holom» fut le célibataire arabe le plus célèbre, mais le mystère de sa vie privée reste un sujet inépuisable pour la presse égyptienne. Les journalistes évoquent des histoires d’amour inachevées, ce qui provoque une polémique sans fin. «Il a eu seulement deux histoires d’amour. Sa première bien-aimée est morte et il est mort avant d’avoir pu épouser la star du cinéma Souad Hosni», affirme M. Amroussi.
Pour les Egyptiennes, Abdel Halim est irremplaçable. «Aucun des nombreux chanteurs qui lui ont succédé ne possède les vibrations de sa voix et sa sincérité, mélange de tendresse et de tristesse. Ses mélodies me font encore vibrer», confie Leila, une enseignante de 35 ans.

