Les rumeurs et les mouvements de foule se rencontrent à travers tout le pays, mais singulièrement en Floride, au Texas, en Californie et à New York, Etats où vivent la majorité des résidents illégaux, estimés à cinq millions par les Services de l’immigration (Immigration and Naturalization Service, INS).
Selon un ensemble de lois adoptées l’an dernier par le Congrès à majorité républicaine, les immigrés illégaux ont six mois à partir du 1er avril pour entamer les procédures pouvant aboutir à leur régularisation, faute de quoi, s’ils sont pris, ils seront expulsés et interdits de séjour sur le territoire américain pour dix ans.
Les demandeurs d’asile ont, quant à eux, un an pour faire valoir leur demande, mais leurs justifications devront être plus détaillées que par le passé.
«Inhumain», tranchait Denny Lee, porte-parole new-yorkais de l’Union américaine pour les libertés civiques (ACLU), première organisation du genre aux Etats-Unis.
«Vous vous rendez compte? Un enfant né ici, donc Américain, pourra être séparé de ses parents», soulignait-il.
Le président Bill Clinton a demandé au Congrès de repousser de six mois la date-butoir, tandis que l’INS assurait qu’elle se concentrerait sur les délinquants et qu’aucune déportation massive n’était à redouter. Mais la panique n’a pas diminué.
Depuis près de trois semaines, les premiers couples arrivent à 4 heures du matin devant les bureaux des mariages. En milieu de journée, ils sont plus de 200 à attendre de se passer la bague au doigt, lors d’une cérémonie forcément expéditive.
«Six heures d’attente, s’exclamait Corinne, une jeune Française qui venait de devenir Madame Ron LeGates à la mairie de New York. C’est le plus beau jour de ma vie, mais quel cirque!».
La plupart des futurs mariés, qui refusent en général de révéler leur identité, étaient clairement d’origine étrangère. On y rencontrait des «ménages à trois», le compagnon véritable accompagnant son amie qui épousait un Américain.
Ironie grinçante, le mariage avec un étranger en situation légale ou un Américain ne donne aucun droit supplémentaire à un résident illégal avant plusieurs années.
Des scènes similaires se déroulaient devant les bureaux de l’INS, où des dizaines de personnes passaient la nuit à la belle étoile par des températures inférieures à zéro pour obtenir la fameuse «green card» (carte verte), sésame pour un emploi aux Etats-Unis.
A 8h30 du matin, l’INS fermait ses portes, ayant déjà accepté autant de candidats qu’elle pouvait en recevoir en une journée, ce qui provoquait des bagarres. Depuis le 21 mars, seules les demandes adressées par courrier sont acceptées.
«Par la poste, cela prend une éternité», commentait Sarah, originaire d’Egypte.
«Si un formulaire n’est pas correctement rempli, il leur sera renvoyé, ce sera un autre genre de cauchemar», estimait pour sa part Donald Klareich, patron d’une officine spécialisée dans l’immigration, installée à deux pas de l’INS.
«Nous n’avions pas le choix: nous avons traité plus de 3.000 dossiers par jour, le double de ce que nous faisons habituellement», commentait un porte-parole de l’INS, Mark Thorn. Selon lui, la moitié concernait des nouveaux mariés.
Le maire républicain de New York, Rudolph Giuliani, à la tête depuis l’été dernier d’une campagne pour l’immigration, a attaqué l’INS, qui «ferait mieux de déployer davantage de moyens pour aider les gens».
«Les gens ont vraiment peur», a déclaré M. Giuliani, et l’INS «les met sous pression».


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