«Ce projet est une expérience, et si c’est un succès, elle sera répétée ailleurs en Indonésie», confiait récemment le ministre indonésien de l’Environnement, M. Sarwono Kusmaatmadja, en tournée d’inspection du programme de développement de Leuser qui englobe une région de plus de 18.000 kilomètres carrés dans le nord de Sumatra.
Lancé en mars 1996 et prévu pour durer sept ans, le programme de développement du Leuser dispose d’un budget annuel de 65 millions de dollars, dont 45,5 fournis par l’Union européenne et le restant par le gouvernement indonésien. Ses retombées directes et indirectes concernent plus de 1,4 million de personnes.
Autour d’un «cœur» — le parc naturel lui-même devant rester, si faire se peut, intouché — deux zones concentriques ont été identifiées où différents types d’activités — agricoles, artisanales et touristiques notamment — sont possibles.
Elles doivent toutefois être faite de manière coordonnée et intégrées grâce à l’aide, à la fois sous forme de conseil technique mais également d’incitation financière, du programme.
Créé en 1980, le parc naturel du Leuser — nom de la montagne (3.404 mètres) le point culminant de la région — présente un ensemble unique au monde s’étendant des plages de l’océan Indien et leurs mangroves jusqu’aux prairies alpestres de la chaîne montagneuse aux vallées vertigineusement encaissées.
Village de colons
Cette situation, en fait «en terme de biodiversité, une des régions les plus riches du monde», souligne le codirecteur du programme, M. Mike Griffiths, un scientifique qui a passé une dizaine d’année à étudier le Leuser qu’il appelle le «paradis indonésien».
A côté des rhinocéros et des tigres — «Il y en a mais ils ont trop de valeur. Des dizaines de milliers de dollars, et on les cache pour les protéger des braconniers», confie un responsable indonésien local, le parc compte la plus grande densité de primates du monde et plus de 300 espèces différentes d’oiseaux au milieu d’une forêt primaire restée largement intouchée
Plusieurs équipes de scientifiques venus du monde entier y travaillent en permanence à des projets les plus divers — de la biologie à la zoologie — mais les pressions de tous ordres se font au fil des ans de plus en plus fortes.
Les photos aériennes illustrent les dégâts: dense il y a encore moins de 15 ans, la couverture forestière de Sumatra, hormis quelques îlots isolés, a disparu à la seule exception du parc naturel du Leuser mais qui semble comme assiégé et prêt à être englouti.
Cette déforestation accélérée est constatée partout en Indonésie où la forêt primaire — la plus vaste du monde — disparaît au rythme minimum annuel de 1 million d’hectares et, selon les experts, loin de se ralentir, ce qui est la volonté officiellement proclamée du gouvernement, s’amplifie.
«Il faut développer une nouvelle éthique du développement qui respecte la nature», explique le ministre indonésien de l’Environnement. «Il faut comprendre l’importance du long terme, penser sur 2 ou 3 générations...».
Deux des codirecteurs du programme du Leuser sont de hauts fonctionnaires auparavant en poste dans la région et qui ont eu maille à partir avec, respectivement, des exploitants forestiers et des compagnies minières.
Comme leurs collègues, ils ne se font pas d’illusion sur la force de l’opposition en face d’eux et qui vient de l’intérieur même du système.
A côté des coupes de bois illégales mais couvertes par des gens puissants, des concessions, explique-t-on, sont accordées juste en limite du parc permettant tous les abus.
Des routes qui n’ont aucun intérêt — sauf de permettre l’exploitation de forêts autrement inaccessibles — sont ouvertes à grand frais. Et même le ministère de la Transmigration a implanté un village de colons au cœur d’une région de marais officiellement classée par le gouvernement comme fermée à toute implantation humaine.

