Déjà pointé du doigt en tant que vecteur de pornographie, le «Web» fait maintenant, pour la première fois dans un drame lié à une secte, l’objet de critiques pour être aussi le véhicule de certains matériels spirituels totalement libres d’accès.
Comme l’indiquent les témoignages de personnes les ayant approchés et les extraits de leur propre littérature disponible sur le «web», les occupants de la luxueuse villa de Rancho Santa Fe étaient de véritables fanatiques d’Internet. Ils géraient une petite entreprise de conseil en Internet baptisée du nom de leur propre site: «WW Higher Source» (WW Source Supérieure).
Ces personnes étaient non seulement les concepteurs des sites de nombreuses entreprises de la région de San Diego, mais disposaient également de leur propre adresse, sur laquelle elles diffusaient, comme la plupart des autres groupes d’intérêts ou mouvements politiques le font aujourd’hui, leur propre discours.
«On retrouve les principaux groupes sur des sites où ils dialoguent, échangent des idées», explique un spécialiste canadien, Yves Casgrain, auteur d’un livre sur les sectes paru en mai 1996.
«Internet permet tout simplement un accès totalement libre à quiconque souhaitant dire ce qu’il veut», estime David Rodier, spécialiste des religions à l’American University de Washington. «Les mouvements religieux l’utilisent comme tous les autres pour leurs besoins de communication parce qu’ils se sont rendu compte que c’était le moyen le plus efficace de communiquer aux quatre coins du monde», ajoute-t-il.
Cette utilisation est jugée particulièrement dangereuse par les tenants de la morale la plus stricte, au premier rang desquels figurent les mouvements religieux conservateurs.
«Ces gens étaient à la recherche de quelque chose, dans une quête de foi, mais ils ont été conduits sur un chemin ténébreux», affirme l’une des responsables de la Coalition pour les valeurs traditionnelles, Andrea Sheldon. «Internet est peut-être un autre chemin sur lequel les gens peuvent se perdre», a-t-elle ajouté.
L’utilisation du «web» par les sectes à des fins de propagande «est vraiment un sujet de préoccupation pour nous, les parents doivent surveiller Internet très attentivement», selon Mme Sheldon, rappelant le combat mené par son mouvement pour interdire la pornographie et tout le matériel jugé indécent.
Prédateurs spirituels
Cet avis est partagé par certains psychologues. «Nous savions depuis des années qu’il y avait eu des prédateurs sexuels sur le Web, nous savons maintenant qu’il existe également des prédateurs spirituels», a déclaré le psychologue Jim Siegelman, interrogé sur la chaîne de télévision CNN.
Pour les spécialistes des groupuscules religieux cependant, Internet ne peut pas être accusé d’avoir favorisé le développement des sectes. «Internet ne suscite pas le phénomène des sectes, c’est seulement un véhicule qui ne touche d’ailleurs qu’une couche assez restrictive de la population», indique M. Casgrain.
Selon David Rodier, le phénomène des sectes reste limité depuis une dizaine d’années aux Etats-Unis et concerne environ 2% de la population totale du pays regroupés dans environ 700 sectes.
«Il serait très intéressant de savoir quel était le lien qu’ils faisaient entre Internet et leur idéologie», a-t-il ajouté. Selon des témoins et leurs propres écrits, le geste des adeptes de la secte «Porte du paradis» a ainsi été motivé par le passage près de la Terre de la comète Hale-Bopp, condition de leur accession à la vie éternelle.
Un geste qu’un recours excessif au réseau informatique aurait pu précipiter, selon Yves Casgrain. «Les gens qui passent leur temps à surfer sur Inernet finissent par perdre le rapport avec la réalité», déclare-t-il. «C’est très angoissant, on peut imaginer que des groupes plus irrationnels que d’autres puissent sauter le pas»...


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