Willem de Kooning est décédé à 6h30 heure locale (11h30 GMT) dans son studio de East Hampton, à environ 200 kilomètres de New York, a indiqué son galeriste new-yorkais, Matthew Marks.
De Kooning, qui était l’artiste contemporain le plus cher depuis la vente en 1989 de «Interchange» pour 20,6 millions de dollars chez Sotheby’s à New York, était atteint de la maladie d’Alzheimer depuis le début des années 1980.
Né le 24 avril 1904 à Rotterdam d’un père marchand de bière et d’une mère serveuse de bar, il avait étudié la peinture dès l’adolescence.
De Kooning était arrivé en 1926 aux Etats-Unis et avait acquis la nationalité américaine en 1961.
Le peintre américain était le dernier et le plus coté des représentants de l’expressionnisme abstrait, mouvement pictural qui connu sont apogée dans les années 1940-50 mais a influencé tous les courants ultérieurs.
«Personne n’aurait prédit que Willem de Kooning vivrait vieux», remarquait Robert Storr, conservateur du Museum of Modern Art de New York (MoMA), en présentant en janvier dernier une rétrospective des œuvres tardives du maître.
«Par son talent et son tempérament, il semblait appartenir à la tradition romantique des artistes dont l’œuvre consomme l’énergie physique et psychique», ajoutait-il.
De fait, Arshile Gorky, le premier mentor de de Kooning, s’est suicidé à l’âge de 48 ans en 1948, Jackson Pollock, cofondateur de l’expressionnisme abstrait, s’est tué au volant en 1956 alors qu’il était ivre, Franz Kline est mort d’un arrêt cardiaque en 1962, David Smith en 1965, tandis que Mark Rothko se tranchait les veines en 1970.
Picasso
américain
De ce groupe de peintres qui ont révolutionné la peinture contemporaine, seuls Philip Guston et Willem de Kooning, surnommé «le Picasso américain», ont connu les années 1980.
Ce dernier a toutefois connu une vie en dents de scie, le dernier et le plus dramatique étant la maladie d’Alzheimer qui jette un doute sur ses toiles peintes après 1980.
Il lui aura fallu attendre l’âge de 44 ans pour avoir sa première exposition individuelle à New York et la reconnaissance internationale. Le marché devait le couronner «artiste contemporain le plus cher du monde» en 1989 après la vente pour 20,6 millions de dollars chez Sotheby’s de «Interchange», peint en 1955.
Peintre pauvre
Ses premières dix années américaines furent celles d’un peintre pauvre, peignant des panneaux publicitaires, charpentier à l’occasion, et employé en 1935 de l’agence fédérale créée pour aider les artistes victimes de la Dépression.
Avec Gorky et Pollock, il avait défini petit à petit l’expressionnisme abstrait comme un mode d’expression pictural s’attachant à exprimer des sensations en utilisant la matière (peinture et toile) et le mouvement, sans souci de réalisme.
Peindre vite
Les courants suivants, minimalisme, réalisme magique, op’art ou pop’art, sont largement nés en réaction à l’expressionnisme abstrait.
Son exposition de 1944 avait sidéré le public, avec ses toiles sillonnées de gros traits rapides et brusques, apparemment non terminées, utilisant de la peinture pour bâtiment.
Il faut «peindre comme si chaque coup de pinceau devait être le dernier», avait-il coutume de dire, «peindre plus vite que vous pensez».
Au début des années 1950, il avait commencé la série des «Women» (Femmes), dans lesquelles Pollock et nombre de critique ont vu une rupture avec l’expressionnisme abstrait. Le public était, est encore souvent, gêné par ces viragos à la sexualité agressive.
Petit à petit, la peinture de de Kooning s’était faite plus douce et plus lumineuse, alors que lui même s’enfonçait dans l’alcool.
Marié au peintre Elaine Fried en 1943, il s’en était séparé un peu plus tard et avait eu à l’âge de 52 ans une fille avec Joan Ward. En 1978, Elaine avait repris en main la vie et les affaires de son époux, qui partaient à la dérive, et ils vivaient dans le petiti village au bout de la presqu’île de Long Island où il s’était installé en 1963 pour échapper à la pression que New York réserve aux stars. Son épouse est décédée en 1989.
Après ce décès, sa fille Lisa l’avait fait placer sous tutelle judiciaire. Sa fortune avait alors été estimée à 7 millions de dollars.


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