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Actualités - Chronologie

Russie : Lénine compromet la réconciliation nationale

MOSCOU, 27 Mars (Reuter). — Aussitôt descendu de la table d’opération, le président russe Boris Eltsine avait annoncé le 7 novembre dernier, jour anniversaire du coup d’Etat bolchévik, qu’il avait décidé de faire de 1997 l’année «de la concorde et de la réconciliation».
Cinq mois plus tard, il semble bel et bien avoir remisé ses belles résolutions au placard des vœux pieux.
En annonçant le mois dernier qu’il envisageait d’organiser un référendum national sur le transfert de la dépouille de Vladimir Oulianov, alias Lénine, le chef de l’Etat a provoqué un tollé au sein de l’opposition communiste, majoritaire à la Douma d’Etat (Chambre basse du Parlement).
Un peu comme si le président, qui avait refusé en 1990 que l’on touche à la dépouille momifiée de ce «génie politique», voulait faire payer aux députés d’avoir profité de sa maladie et de sa convalescence pour réclamer sa destitution.
Depuis la «pérestroïka» gorbatchévienne, l’idée d’un transfert du corps du père de l’Etat soviétique fait lentement son chemin et resurgit de temps à autre sur la place publique.
Arguant que Lénine lui-même souhaitait reposer auprès de sa mère, les partisans du transfert demandent que sa dépouille soit inhumée au cimetière petersbourgeois de Volkovskoïe et que le mauselée de marbre rouge soit démoli.

Irrationnel

Examinée par la Douma, une motion de protestation contre cet «acte de barbarie» n’a pu recueillir un assez grand nombre de voix pour être adoptée. Cette question pourrait être de nouveau débattue cette semaine.
Ultime parente du «leader du prolétariat mondial», Olga Oulianova met en garde contre le «danger» que représenterait le transfert de la dépouille de son oncle.
«Cela pourrait entraîner des conséquences imprévisibles et inimaginables», a-t-elle dit lors d’une conférence de presse.
La fille de Dmitri Oulianov, frère cadet de Lénine, est soutenue dans sa croisade par le néo-bolchévik Victor Anpilov.
«Le transfert du corps pourrait provoquer des mouvements spontanés de protestation, des émeutes et même des actes de terrorisme», a dit le dirigeant du parti Russie du Travail, dans un entretien accordé dernièrement à la chaîne de télévision NTV.
Argutie suprême, les défenseurs du mausolée — classé par l’UNESCO — font valoir que le fondateur de l’Etat soviétique, régime athée par excellence, repose à trois mètres sous terre, «comme le veut la tradition chrétienne».
D’autres préfèrent rechercher leurs arguments dans le monde de l’irrationnel.
«Le 19 juin 1941, des archéologues soviétiques ont violé un tabou en ouvrant le tombeau de Tamerlan (à Samarkand). Deux jours plus tard, les Allemands envahissaient l’Union Soviétique», affirme sans sourciller Iouri Izioumov, rédacteur en chef du journal néo-communiste Glasnost.
En fait, la sépulture du chef mongol a été ouverte le 22 juin, soit le lendemain de l’entrée des troupes nazies.
Lénine est décédé le 21 janvier 1924, officiellement d’une embolie cérébrale.
Aussitôt embaumé par l’équipe du Pr Abrikossov, son corps a été transporté le 27 janvier dans un mausolée en bois, aujourd’hui disparu, dû à l’architecte Alexeï Chtchoussev.

Place vacante

Pendant plus de 70 ans, l’historiographie officielle a répété que le comité exécutif central du parti avait été submergé de télégrammes de «simples citoyens» demandant que la dépouille du dirigeant soit «conservée pour l’éternité».
Seul un millier de messages, vraisemblablement inspirés par les autortiés dirigeantes, seront toutefois retrouvés dans les archives du PCUS après 1991.
Certains historiens estiment que l’idée de conserver le corps de Lénine et d’en faire un objet de culte appartient à Staline, soucieux d’asseoir son régime sur une adoration quasi mystique d’«icônes» politiques.
En 1953, sa propre dépouille sera, elle aussi, déposée à l’intérieur du mausolée avant d’en être retirée, de nuit, sur décision de Nikita Krouchtchev.
Staline repose depuis lors derrière le monument de marbre rouge, au pied du Kremlin et aux côtés de certains de ses successeurs.
En 1954, les dépouilles des quatre membres de la famille de Lénine enterrés au cimetière de Volkovskoïe ont été exhumées et placées sous une même pierre tombale.
Prémonition des architectes ou simple erreur de conception ? Toujours est-il que le monument funéraire présente une curieuse asymétrie, comme si une place avait été volontairement laissée vacante.
MOSCOU, 27 Mars (Reuter). — Aussitôt descendu de la table d’opération, le président russe Boris Eltsine avait annoncé le 7 novembre dernier, jour anniversaire du coup d’Etat bolchévik, qu’il avait décidé de faire de 1997 l’année «de la concorde et de la réconciliation».Cinq mois plus tard, il semble bel et bien avoir remisé ses belles résolutions au placard des vœux pieux.En annonçant le mois dernier qu’il envisageait d’organiser un référendum national sur le transfert de la dépouille de Vladimir Oulianov, alias Lénine, le chef de l’Etat a provoqué un tollé au sein de l’opposition communiste, majoritaire à la Douma d’Etat (Chambre basse du Parlement).Un peu comme si le président, qui avait refusé en 1990 que l’on touche à la dépouille momifiée de ce «génie politique», voulait faire...