Dominique Franche, qui a vécu deux années dans le nord-ouest du Rwanda pour étudier une communauté rurale et qui se présente comme un franc-tireur dans le champ universitaire, prouve dans son petit livre (92 pages) que, pour comprendre l’histoire et l’actualité aussi cruelle que le génocide de 1994, il faut échapper à l’esprit partisan.
Avec beaucoup de curiosité, d’originalité et de finesse d’observation, le chercheur présente une société rwandaise complexe, avant la colonisation allemande puis belge, où les clivages existaient entre différentes catégories politiques, sociales et économiques et pas seulement entre Tutsis et Hutus.
Selon lui, Hutus et Tutsis ne sont pas des ethnies différentes car ils partagent les mêmes langue, religion, culture et espace géographique depuis des siècles.
Dominique Franche fait éclater les stéréotypes sur les soi-disant «ethnies»: «Ces affirmations ne reposent sur aucune esquisse d’ombre de début du commencement de preuves», écrit-il avant de poursuivre: «elles ont été simplement reprises depuis un siècle par des ignorants, universitaires et journalistes, qui se copient les uns les autres».
Le chercheur démontre ainsi qu’au sein des Tutsis, seule une élite restreinte exerçait le pouvoir, à la suite du mwami (le roi), les autres Tutsis étant souvent plus pauvres que certains riches Hutus.
Selon lui, les colonisateurs vont plaquer sur la société rwandaise des schémas raciaux importés d’Occident et «figer» peu à peu les communautés Tutsis et Hutus.
«Etre hutu, tutsi ou twa (pygmée) était bien un fait social. En aucun cas un fait biologique ou pensé comme tel. Mais c’est ainsi que le conçurent les colonisateurs: les Tutsis appartenaient selon eux à une race supérieure, la races des seigneurs», écrit Dominique Franche.
Le chercheur va retrouver avec beaucoup de pertinence dans l’histoire de France des analogies avec la société rwandaise, comme, par exemple, la différence de taille entre les aristocrates et les paysans sous la royauté, qui équivalait à celle constatée, encore, entre «grands tutsis» et «petits hutus».
«La présentation tribale ou ethnique des guerres fournit de bonnes excuses pour ne pas intervenir», conclut Dominique Franche, près de trois ans après le début du génocide au Rwanda, qui, au plus fort des massacres, s’est déroulé sans interposition de la communauté internationale.

