A Goma, ville sous contrôle rebelle depuis novembre, la radio de la rébellion, «La Voix du peuple», diffuse des annonces publicitaires d’un centre d’apprentissage de l’anglais, qui offrait récemment des cours gratuits.
Les habitants de Goma, traditionnellement francophones — le Zaire est le deuxième pays francophone du monde après la France — s’inquiètent de l’arrivée chez eux de plus en plus de gens qui parlent un swahili qu’ils ne maîtrisent pas toujours parfaitement, ou l’anglais, qu’ils ignorent.
Ils s’attendent à voir arriver des hommes d’affaires anglophones, voient souvent à Goma au moins un officiel américain venu de Kigali, remarquent des tentatives d’implantation accrue de certaines églises protestantes américaines.
«Ça coûte combien de loger à Nairobi pendant trois mois», demandent certains, prêts à louer une chambre au Kenya pour y suivre des cours d’anglais.
«C’est de votre faute, à vous, les Français! Vous soutenez toujours Mobutu et bientôt, on ne parlera plus le français ici», lance un fonctionnaire qui, bien que diplômé d’université, se sent aujourd’hui «diminué» parce qu’il ne parle pas anglais.
La rébellion a donné depuis longtemps un satisfecit aux Etats-Unis, et plus récemment, à la Belgique, qui a estimé à son tour qu’une solution au Zaire passait par Laurent-Désiré Kabila.
Oubliant que les Etats-Unis avaient autrefois soutenu le président Mobutu, les Zairois «libérés», appelés «Congolais» par la rébellion, reprochent aujourd’hui à la France d’être le dernier pays à appuyer Mobutu et à l’accueillir sur son sol.
Des «mercenaires»
«C’est à cause de vous, les malheurs que nous avons eux pendant trente ans», lancent les officiers d’immigration aux journalistes français à leur arrivée à Goma, si par malheur ils rechignent à s’acquitter des centaines de dollars de taxes sur leurs téléphones, ordinateurs, caméras, etc. réclamés aux reporters étrangers, toutes nationalités confondues.
«Les Français, vous êtes des mercenaires», ajoutent-ils, allusion aux accusations de la rébellion selon lesquelles des militaires français, actifs ou retraités, combattraient aux côtés des forces armées zairoises (FAZ) qui vont depuis six mois de défaites en humiliations.
Les rapports militaires reçus par Laurent-Désiré Kabila, qui en lit des extraits aux journalistes lors de ses conférences de presse, sont en anglais. Le chef rebelle parle naturellement français mais maîtrise aussi l’anglais, passant d’une langue à l’autre lors de ses interventions devant la presse.
Lorsqu’il s’adresse à la foule, il parle swahili et mardi dernier notamment, avait usé de mots très durs à l’égard des Français. «S’ils viennent, nous les enterrerons tous», avait-il dit, en mettant en garde la France contre une intervention militaire.


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