Les rappels à l’ordre, mises en garde, exigences de garanties, adressés par Londres à Pékin à l’approche de la rétrocession, ne sauraient cacher la réalité du rapport de force: depuis la signature de la déclaration conjointe sino-britannique de 1984, définissant les conditions du retour du territoire dans le giron chinois après 150 ans de colonisation, la République populaire a largement dicté sa lecture des textes, son calendrier, et imposé ses vues.
«Nous entendons rester engagés à Hong Kong, commercialement, économiquement, culturellement et politiquement», martelait en fin de semaine le secrétaire au Foreign Office Malcolm Rifkind.
Londres compte sur la prorogation jusqu’au mois de janvier 2.000 du Groupe de Liaison Conjoint (GLC sino-britannique), chargé d’assurer une transition en douceur, pour contrôler le respect des droits de l’homme, le maintien du système capitaliste, et par dessus tout, la réalité du «large degré d’autonomie» promis au territoire à compter de 1997, pour une période de 50 ans.
L’engagement, exprimé dans le concept «un pays — deux systèmes» conçu par Deng Xiaoping et entériné en 1984 par Margaret Thatcher, prétend faire de Hong Kong un Etat multisystèmes inédit et un dragon économique bicéphale.
La Grande-Bretagne revendique son droit de regard pour un demi-siècle au nom de la Déclaration conjointe de 1984, enregistrée auprès de l’ONU. Mais d’autres considérations, morales, consulaires et économiques, sont avancées pour le justifier.
Ainsi, près de la moitié des Hongkongais — soit quelque 3 millions d’individus — bénéficient du statut de Ressortissants Britanniques d’Outre-mer (BNO), rebaptisé par dérision «British national no» par les démocrates, car il n’accorde pas un droit de résidence au Royaume-Uni.
La solidarité britannique s’explique également par la permanence d’intérêts économiques et financiers considérables dans le territoire, où Londres entend ouvrir dans quelques mois son consulat le plus important. Au total, près de 1.000 sociétés britanniques y sont encore aujourd’hui actives, alors que les investissements dépassent plusieurs dizaines de milliards de dollars.
Pour la Chine, pareilles prétentions relèvent de «l’ingérence». Après avoir dénoncé à maintes reprises «l’arrogance impérialiste britannique» et ostracisé le gouverneur Chris Patten, devenu la bête noire de Pékin depuis qu’il a tenté d’imposer un ferment de parlementarisme à Hong Kong, Pékin entend bien faire la sourde oreille aux admonestations de Londres.
En butte aux critiques de la direction chinoise, le gouvernement britannique est aussi sévèrement jugé par les démocrates hongkongais. «Le soleil se couchera dans l’ignominie, vu la manière dont la Grande-Bretagne nous a vendus», s’indignait voici peu leur chef de file, l’avocat Martin Lee.
Le 30 juin, à minuit, selon lui, les Britanniques «se laveront les mains».
A défaut de tourner définitivement la page, le Royaume-Uni s’apprête à perdre l’un des derniers confettis de l’Empire, pour ne plus garder que Gibraltar et les Malouines.
La cérémonie de rétrocession s’effectuera au son des cornemuses et sous escorte d’un détachement de Black Watch, en kilt, le 30 juin prochain. Elle sera présidée par le prince Charles, qui embarquera ensuite sur le yacht royal Britannia, dont ce sera, symboliquement, le dernier voyage.


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