En soutane et col romain, le «padre», 30 ans, maîtrise toutes les ficelles de ce programme très grand public du samedi soir, dont le principe consiste à détruire les arguments de l’adversaire sur des thèmes aussi variés que les sciences occultes, l’insoumission au service militaire ou la pornographie.
Sens impeccable de la répartie, remarques fielleuses, moue de dédain pour son prochain, gestes incantatoires, le curé des médias emploie tous les registres de la mise en scène pour prendre le dessus sur ses rivaux au petit jeu des grandes joutes oratoires.
«Si vous montez sur un ring, vous risquez d’être frappé», se défend-il, avant d’ajouter: «Je fais plus d’apostolat en 10 minutes de télévision qu’en cinq heures de sermon en chaire».
«Je ne représente que moi-même, précise-t-il cependant. Précaution d’autant plus nécessaire que l’Eglise espagnole ne goûte guère les interventions de son enfant terrible.
Chasteté
médiatique
L’archevêché de Barcelone, sa ville natale, lui a demandé de faire acte de chasteté médiatique, tandis que les autorités religieuses de Madrid lui ont interdit de célébrer la messe dans la capitale.
En retour, le père Apeles ne se montre guère tendre avec l’épiscopat, contre lequel il souhaiterait lancer ni plus ni moins qu’«une opération mains propres».
Des prêtres ont commis des abus sexuels sur des mineurs. D’autres protègent les terroristes au pays Basque. L’Eglise ne réagit pas. Maintenant, elle se déchaîne contre moi parce que je suis faible», se lamente-t-il.
La presse n’a pas manqué de s’emparer du cas de ce turbulent homme d’Eglise, ordonné prêtre en 1993 à Florence par l’Institut du Christ-Roi fondé par le Vatican pour ramener dans le giron de l’Eglise les disciples de Mgr Lefebvre.
Bien qu’il se défende d’avoir fréquenté la Fraternité Pie X de l’évêque français excommunié pour intégrisme, Apeles enfile volontiers les habits de gardien du Temple: «Je revendique le droit de dire la messe en latin. L’UNESCO devrait intervenir contre tous ceux qui ont détruit 2.000 ans de culture catholique».
Sourd aux critiques, le jeune ecclésiastique a cependant menacé de traîner «El Mundo» devant les tribunaux après que ce quotidien eut écrit qu’il était l’aumônier du CEDADE, organisation d’extrême-droite de Barcelone: «C’est une accusation d’une extrême gravité. Je n’ai jamais eu aucun lien avec un groupe néonazi».
Clubs
de fans
En froid avec l’Eglise, mis sur la sellette par la presse, celui qui est devenu le curé le plus célèbre du royaume d’Espagne persiste et vient de signer avec Telecinco un contrat pour apparaître dans trois autres émissions en plus de «Moros y Cristianos». Pour combien? «Je ne parle jamais d’argent, c’est de très mauvais goût», élude-t-il, le sourire aux lèvres.
«Je rêve d’avoir un programme pour moi seul, confie-t-il. Je rêve aussi d’un face-à-face avec Mgr Gaillot» (l’évêque français sanctionné par le Vatican pour ses apparitions médiatiques et ses prises de position révolutionnaires).
«Oui, je reçois des lettres de femmes», reconnaît-t-il en baissant pudiquement les yeux. «Mais je n’ai pas le temps d’y répondre. Je les passe à mes quatre clubs de fans, dont un existe sur Internet. On va leur envoyer des photos dédicacées».
Apeles superstar est décidément doué pour les relations publiques.


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