Inquiets de la tournure prise par le débat, les chercheurs américains qui ont déposé la semaine dernière devant une sous-commission de la Chambre des représentants se sont employés, à mots soigneusement pesés, à rassurer l’opinion publique en rejetant l’idée du clonage humain, et à mettre en garde le congrès contre toute tentation de légiférer dans l’urgence.
Patron du plus important organisme public américain de recherche, l’Institut national de la santé (NIH), Harold Warmus, a jugé l’idée du clonage humain «choquante». «Ce n’est pas scientifiquement nécessaire; après tout il existe déjà des naissances spontanées de vrais jumeaux», a-t-il fait remarquer. «Nous avons aussi des animaux, des cellules de culture (...) pour conduire nos études», a-t-il ajouté.
«Je suis persuadé que l’ensemble de l’industrie biotechnologique partage la conviction qu’il n’y a aucune place pour le clonage d’êtres humains dans notre société», a souligné pour sa part James Geraghty, le PDG d’une des plus importantes compagnies privées américaines de biotechnologie, Genzyme Transgenics Corporation.
Mais s’ils rejettent toute idée de vouloir jouer les apprentis sorciers sur des cellules humaines, les scientifiques ont longuement insisté sur l’importance, pour leurs travaux, du clonage animal.
«Nous pensons que ce genre de recherche constitue un moyen très intéressant d’améliorer la quantité et le coût de la nourriture, ce qui est dans l’intérêt du public et de notre pays», a indiqué l’agronome en chef du département de l’Agriculture, Carid Rexroad.
Clonage de
primates
Même argument de la responsable du centre de recherche sur les primates de l’Oregon, Susan Smith. Une des équipes du centre vient d’annoncer le clonage de deux singes rhésus à partir d’un embryon et a déposé une demande pour cloner, d’ici à la fin de l’année, cinq autres primates génétiquement identiques.
«Ces singes génétiquement identiques vont révolutionner l’utilisation de primates pour la recherche médicale en permettant notamment de nouvelles manipulations génétiques pour étudier le traitement des maladies humaines», a fait remarquer le docteur Smith.
Les scientifiques présents au congrès ont multiplié les exemples des champs d’application de la recherche en matière de clonage animal, de la protection des espèces animales en danger à la modification des organes des animaux pour permettre leur utilisation pour les transplantations.
«Je vous demande instamment de ne pas voter dans l’urgence une loi qui pourrait restreindre le champ d’une technologie largement acceptée avec un potentiel thérapeutique considérable», a déclaré M. Rexroad.
Malgré ces plaidoiries, les parlementaires n’ont pas semblé rassuré. «Aucune autre question scientifique n’a été aussi mal comprise et crainte (...). Je suis personnellement très préoccupée par le clonage humain», a avoué la représentante républicaine du Maryland, Connie Morella.


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