A mesure qu’elle progresse, l’armée rebelle change de physionomie en s’enrichissant d’éléments recrutés dans les zones conquises. Ce phénomène «boule-de-neige» est favorisé par le rejet quasi général qu’inspire au sein des populations de l’est zaïrois le régime du président Mobutu Sese Seko au pouvoir depuis plus de trois décennies.
Dans toutes les villes «libérées», les rebelles procèdent à des recrutements.
Des soldats des Forces armées zaïroises (FAZ), sous-payés, mal équipés, démoralisés, n’hésitent pas, d’autre part, à se rendre, à déposer les armes en espérant rejoindre les rangs rebelles comme à Kindu (Est) tombée dimanche.
Mais prudents, les rebelles ne les incorporent pas immédiatement, se méfiant de leur réputation sulfureuse, entachée par une indiscipline chronique et leur manque de combativité.
Des «ex-FAZ» sont envoyés dans des centres de «rééducation».
L’armée rebelle semble, malgré ces recrutements, peu nombreuse. Mais elle se caractérise par une discipline de fer, un armement simple et efficace, des officiers supérieurs compétents.
Les rebelles, conscients de leur faiblesse numérique, ne s’engagent pas dans des combats coûteux en vies humaines. Ils emploient beaucoup les mortiers pour semer la panique chez l’adversaire et progressent de nuit.
Les principaux officiers rebelles sont en outre reliés entre eux par un système de phonie.
Menant parallèlement une guerre médiatique très professionnelle, grâce notamment à leur chef, Laurent Désiré Kabila, accessible aux journalistes, ils attendent que la ville tombe comme un fruit mûr après que les FAZ, pris de panique, l’ont pillée et s’en sont enfuies. Ils entrent alors en «libérateurs».
Les rebelles laissent ensuite quelques hommes dans les localités conquises, installent de nouvelles autorités politiques et continuent leur progression.
Les observateurs se rendant dans les grandes villes rebelles comme Goma sont frappés par le faible nombre de soldats rebelles s’y trouvant. La majorité d’entre eux combat en effet sur le front.
Concernant l’armement, les rebelles se réapprovisionnent en partie grâce aux armes laissées par l’adversaire. A Kindu, par exemple, les forces gouvernementales ont abandonné des dizaines de fusils d’assault, des munitions ainsi que des roquettes. Elles ont toutefois trouvé le temps de piller l’hôpital général de la ville.
Cette tactique laisse présager que la rébellion, même loin de ses bases, pourra encore aller de l’avant sans trop s’essouffler, en exploitant les faiblesses de son adversaire.

