Dès la constitution du convoi transportant six conteneurs de déchets nucléaires, arrivé mercredi au centre de stockage de Gorleben (Nord), les Allemands étaient divisés sur l’opportunité de mobiliser quelque 30.000 policiers six jours durant, à coup de dizaines de milliers de DM, pour venir à bout des manifestations acharnées d’une dizaine de milliers d’écologistes et de leurs actions de blocage et de sabotage.
Selon un sondage de l’institut Allensbach publié le 28 février, 54% des personnes interrogées déclaraient ainsi «comprendre» les actes d’opposition au passage du convoi et 39% affirmaient n’avoir «aucune compréhension» pour ce type d’actions.
Soixante pour cent des sondés se prononçaient pour un simple maintien en état des réacteurs nucléaires existants et 24% pour leur arrêt immédiat.
Jeudi, le ministre fédéral de l’Environnement Angela Merkel (CDU) a expressément appelé à des pourparlers sur la politique énergétique entre les principales formations politiques. Mme Merkel a souligné au passage qu’elle n’était pas «une fétichiste du nucléaire», tout en assurant n’être en rien influencée par la protestation massive de la veille.
Elle a déploré que l’on puisse laisser croire que les transports de déchets nucléaires retraités seraient évitables à l’avenir et n’a pas exclu la création d’un autre centre de stockage dans le sud de l’Allemagne, en Bavière ou en Bade-Wuremberg.
L’Allemagne, qui ne dispose pas d’installation adéquate, fait retraiter ses déchets en France à La Hague, ou en Grande-Bretagne avant de les stocker.
Le secrétaire général de la CDU (Union chrétienne, du chancelier Kohl), Peter Hintze, a de son côté fustigé les Verts et le SPD, les rendant responsables de l’escalade de la violence autour de Gorleben et d’avoir engendré «un climat de violence et de haine» autour des transports de déchets nucléaires.
Le ministre de l’Intérieur de Basse-Saxe (Etat régional où se trouve Gorleben), le social-démocrate SPD Gerhard Glogowski, a quant à lui appelé au maintien du consensus, sur une radio berlinoise, estimant que les citoyens attendaient «que les hommes politiques soient d’accord sur une question aussi essentielle que la production d’énergie». Les Verts de Basse-Saxe ont, eux, demandé la démission de M. Glogowski.
Depuis les années 1970, les partis politiques allemands étaient globalement d’accord sur une politique énergétique qui pouvait se résumer à un subtil compromis entre charbon, gaz, hydro-électricité et nucléaire. Concrètement, le gouvernement du chancelier Helmut Kohl, tout en affirmant qu’il n’entend pas renoncer au nucléaire, observe un moratoire de fait, l’Allemagne n’ayant plus commandé de nouveau réacteur depuis 1983.


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