Cette agglomération, qui enregistre le développement urbain le plus élevé du pays avec l’arrivée d’une population rurale à la recherche d’emplois dans une région riche et envahie par le tourisme, a pour lot quotidien les vols, viols et attaques à main armée. Les sans-emplois y représentent 60% de la population active, selon la police.
Financé par l’Allemagne, ce projet communautaire d’un montant de 1,3 million de rands (environ 290.000 dollars) commence sa mise en place dans cette cité noire et ses bidonvilles environnants de Crossroads, forts de plus de 700.000 habitants.
Vêtus de gilets verts portant la mention «Peace Corps», les 56 femmes et 46 hommes, des volontaires en majorité jeunes, ont défilé mercredi dans les ruelles étroites de la cité pour familiariser la population avec leur présence.
Après deux meetings organisés la semaine prochaine pour expliquer leur rôle à la population, ils commenceront leurs patrouilles, par groupes de douze, «de maison en maison», explique un responsable, Malibuengue Sopangisa.
«Ce sont les enfants de la communauté, souligne le coordinateur du projet, Ulli Burgmer. Ils l’impliqueront ainsi dans la lutte contre la criminalité».
«Totalement indépendants et non armés, ils travailleront aussi avec les autres organisations communautaires présentes et la police», ajoute-t-il.
«Bien sûr, il y a un certain danger», reconnaît M. Burgmer. Mais avec trois précédentes entreprises identiques menées avec des fonds allemands dans la province de Gauteng, seul un incident a été répertorié depuis 1994: la mort par balle d’un ange gardien, en congé, qui était cependant intervenu pour empêcher un cambriolage.
Soigneusement sélectionnés parmi plus de 200 candidats — un des critères étant d’être alphabétisé — les 100 Peace Corps ont été entraînés durant un mois aux techniques d’appréhension de la violence et à l’autodéfense, indique M. Sopangisa.
«Lorsque j’ai entendu parler du projet, j’ai décidé de m’engager pour combattre la criminalité», raconte Zolane Matukani, 20 ans, résident d’un bidonville de Crossroads.
Devenu chômeur après avoir travaillé dans l’hôtellerie et une fabrique de duvets, il ne se doutait pas, en offrant son concours, qu’il recevrait une «aide» de 600 rands (135 dollars) par mois, car M. Burgmer se refuse à parler de «salaire» puisqu’il s’agit de volontaires et d’un montant très faible.
Déjà membre de la Ligue des femmes du Congrès national africain (ANC), Gladys Monakali a également décidé de porter la casquette blanche des anges gardiens. «Il y a trop de viols», s’indigne cette femme de 54 ans.
Selon le capitaine de police Robby Roberts, pour le seul mois de février à Nyanga, 328 cas de «crimes graves», dont des viols, ont été répertoriés, une légère augmentation par rapport à janvier (278 cas).
Les Peace Corps «sont une excellente initiative», estime-t-il, alors qu’existe déjà à Nyanga un forum police-population, organisme de collaboration mis en place par le ministère de la Police dans nombre de communautés pour combattre la criminalité.
Les Sud-Africains conservent toutefois une méfiance certaine à l’égard de leur police en dépit des énormes efforts du gouvernement pour rehausser son image.
Considérée auparavant comme le bras armé du régime d’apartheid, la police est désormais rongée par la criminalité. Selon des sources officielles, près de 3.000 incidents, dont des viols et attaques à main armée, commis par des policiers ont été répertoriés l’an dernier.
A Nyanga toutefois, où la police bénéficie d’une meilleure réputation, il y a un manque aigu de moyens et de personnel qualifié, selon un observateur des problèmes de la communauté. «Beaucoup de policiers sont illettrés et incapables d’enregistrer une plainte», dit-il.


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