KHARTOUM, 7 Mars (AFP). — Confrontés à la crise économique qui se manifeste par une inflation galopante estimée officiellement à 94% par an, les Soudanais ont de plus en plus recours aux petits métiers pour survivre.
Le coup d’Etat militaro-islamiste du général Omar el-Béchir, en 1989, a isolé le pays, tarissant les aides extérieures dont la valeur annuelle atteignait 800 millions de dollars.
L’industrie est sinistrée avec 90% des usines hors service, comme l’a révélé en octobre le secrétaire général de l’association des chambres d’industrie, M. Abou Abdallah Boukhari.
«Nous avons recours à une multitude de petits métiers. Mes deux enfants fabriquent des glaces, de petites confiseries et des sirops qu’ils vendent aux passants après l’école», explique Mekki Abdel Kader, 47 ans, fonctionnaire.
«Avec mon salaire de 120.000 livres (80 dollars), dont 70.000 partent en loyer, je dois transformer ma voiture, achetée dans des jours meilleurs, en taxi l’après-midi. Au début des années 90, je pouvais combler tous les désirs de ma famille sans qu’ils lèvent le petit doigt», ajoute-t-il.
«Les ouvriers, dont le salaire minimum est de 15.000 livres soudanaises (10 dollars) et qui ont en moyenne deux enfants comme moi, sont au bord de la famine et ne peuvent rêver d’approcher les épiceries maintenant bien approvisionnées de Khartoum», affirme Idriss Abdel Kader, 29 ans, habitant du bidonville d’Embadda à Oum Dourman, ville jumelle de Khartoum.
«Nous achetons un cube de bouillon de poulet à 25 livres (0,016 dollar) et nous y trempons du pain que nous fabriquons nous-mêmes. Le repas principal de la majorité des gens est devenu le sorgho bouilli», ajoute-t-il.
Sa femme Jamila, 20 ans, souligne qu’elle fabrique des calottes en coton et des chasse-mouches en nattes de palmier pour pouvoir se payer «des habits neufs».
Esprit de solidarité
«Je vends la calotte à 1.500 livres (un dollar) avec un bénéfice de 650 livres (0,43 dollar). Chaque année, pour la fête, je peux ainsi m’acheter un habit neuf au marché du vendredi, qui vend des vêtements usés», précise-t-elle.
«Aujourd’hui toutes les femmes soudanaises ont appris à coudre. Elles peuvent ainsi économiser les deux tiers du prix d’une robe de confection, qui se vend à 100.000 livres», affirme Fatema Shendi.
«Les enfants apprennent à faire des travaux manuels et de la broderie, et les hommes ont sacrifié le sacro-saint repos de l’après-midi pour chercher à nourrir leurs enfants», ajoute-t-elle.
«Le gouvernement ne ment donc pas lorsqu’il lance des slogans affirmant qu’il a réussi à changer les habitudes des Soudanais et augmenter la productivité familiale», ironise Fatema.
«Heureusement, nous avons un grand esprit de solidarité et chacun aide ses proches. Je couds les vêtements de ma voisine et de sa fille, et elles me préparent mon pain», indique-t-elle.
Fatema affirme goûter rarement à la viande dont le kilo se vend à 4.000 livres, soit 10% du salaire mensuel de son mari.


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