Presque voué à la démolition après la chute de l’Ancien régime, il y a deux siècles, le château de Versailles a été conservé dans la France républicaine, non sans admiration, comme le symbole de la grandeur de la monarchie absolue.
Mais selon les époques, il fut l’objet de toutes les attentions, comme dans la période de restauration royale de Louis-Philippe, vers 1830, ou devint un peu délaissé au profit d’autres grands musées, anciens ou nouveaux.
«Les septennats de François Mitterrand ont été tellement absorbés par les grands travaux qu’on a un peu oublié ce genre de trésor national», a souligné dans le quotidien «Le Figaro», l’historien Emmanuel Le Roy Ladurie.
La rénovation du grand Louvre, l’Opéra Bastille, la Cité des Sciences, l’Arche de la Défense, figurent parmi ces «grands travaux», très onéreux, qui ont vu le jour pendant les quatorze ans de présidence de M. Mitterrand.
Le président gaulliste Georges Pompidou avait lui aussi créé un musée d’art moderne, Beaubourg, au cœur de Paris, comme si chaque président-monarque de la Ve République devait laisser sa marque pour l’éternité.
Depuis l’arrivée au pouvoir du gaulliste Jacques Chirac, qui s’est fait l’avocat d’un grand musée des «Arts premiers», consacrés à l’art primitif, un courant traditionnaliste a plaidé pour un retour au patrimoine classique.
«On a gaspillé l’argent dans des entreprises les plus folles», dit au «Figaro» l’historien Pierre Chaunu, «et les choix n’ont pas nécessairement été les plus utiles, les plus conformes au maintien de notre identité».
Polyvalence
Le grand quotidien de droite «Le Figaro» a lancé en janvier une campagne en faveur de la réouverture de 125 salles de Versailles fermées faute de moyen, alors qu’elles abritent 6.000 œuvres du «musée de l’Histoire de France».
«Il faut 1,2 milliard de francs pour faire revivre Versailles», estime Hubert Astier, nouveau président de l’Etablissement public du musée et du domaine national de Versailles, «décidé à redonner son lustre à ce lieu chargé d’histoire».
Dans une interview, M. Astier a insisté sur la polyvalence de ce domaine de 800 hectares «qui, avec ses bâtiments, ses œuvres d’art, ses jardins et ses spectacles, serait en quelque sorte le “Beaubourg du Patrimoine”».
Pour son nouveau président, renouer avec le Grand Versailles «ne signifie pas seulement repenser l’accueil du public, rouvrir des salles de musée, restaurer les jardins et leurs 14 bosquets, mais exploiter la synergie des uns par rapport aux autres pour les faire revivre».
L’aménagement de l’hôpital militaire Larray — les anciens communs du château —, officiellement cédé lundi par le ministère de la Défense, faciliterait le flux du public (3,2 millions de visiteurs par an, dont 60% d’étrangers), contraint à de longues files d’attente.
«L’idée, selon M. Astier, c’est de couvrir d’une verrière les 5.000 mètres de la cour centrale de ce bâtiment de 21.000 mètres carrés, d’y installer une billetterie, des espaces commerciaux, des lieux pédagogiques et d’information, et d’y exposer plus d’une centaine de sculptures originales du XVIIe siècle, entreposées dans les Grandes Ecuries».
«Dans les sous-sols, nous envisageons d’installer un auditorium de 300 places et une cinémathèque sur l’histoire de l’Europe, en contrepoint de l’ouverture du grand Musée d’Histoire de la France que souhaitait le roi Louis-Philippe» (1830-1848).
Comité Colbert
M. Astier caresse l’idée d’établir dans les Grandes Ecuries un «Centre de l’art de vivre français» sous sa forme luxueuse: mode, parfumerie, arts de la table, maroquinerie, arts culinaires. «Il s’agirait à la fois d’un musée, présentant des expositions permanentes, d’un lieu destiné à accueillir des ateliers d’art et de commerces d’objets de luxe», a-t-il souligné.
D’ores et déjà, le Comité Colbert, regroupant quelque 75 noms de marques prestigieuses, a été contacté, tout comme les instances représentatives des industries de luxe et la direction des Arts Plastiques pour les métiers d’art.
M. Astier souhaite par ailleurs «développer l’activité spectacle» de Versailles. «L’opéra Royal a les mêmes capacités scéniques que l’Opéra de Paris, la Chapelle Royale a été refaite et l’orgue fonctionne, de même que le théâtre de la reine (100 places) au Petit Trianon».
Reste le problème du parc, dont le reboisement a commencé après la tempête dévastatrice de 1990, mais dont une douzaine des 14 bosquets resteront à restaurer, après l’inauguration, en septembre prochain, du Bosquet de l’Encelade.
«Pour le grand canal, nous avons négocié le prêt de bateaux auprès du Musée de la Marine. Il faut faire vivre le parc», conclut Hubert Astier, qui prévoit feux d’artifices et montgolfières au programme des fêtes de nuit en été.


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