PARIS, 3 Mars (AFP). – Un film consacré aux deux figures les plus romanesques de la Résistance française à l’occupation nazie, contesté par plusieurs historiens, confronte une nouvelle fois les Français à leur histoire durant la Seconde Guerre mondiale.
Raymond et Lucie Aubrac, jeunes mariés, se sont engagés dès 1940 dans la Résistance, et leur participation en première ligne à la lutte contre l’occupation allemande en fait des héros très respectés de la France contemporaine.
Le film«Lucie Aubrac», sorti le 26 février, est leur histoire, fondée sur le livre «Ils partiront dans l’ivresse» où Lucie a raconté en particulier la rocambolesque évasion de Raymond en 1943, qu’elle avait organisée en demandant à la Gestapo de pouvoir épouser le père de son enfant à naître.
Interprété par Carole Bouquet, une égérie des parfums Chanel, le roman vrai de Raymond et Lucie Aubrac raconte «la petite histoire dans la grande» en prenant quelques libertés avec l’exactitude historique, avec l’accord des vrais héros de l’aventure, aujourd’hui âgés de plus de 80 ans.
«Je peux dire tranquillement que j’ai admiré la manière dont (le cinéaste) Claude Berri a pu faire passer dans son film, de manière remarquable, quelque chose qui est entièrement authentique», a notamment déclaré Raymond Aubrac, qui fut l’un des chefs militaires de la Résistance intérieure.
Devoir de mémoire
Plus critiques, certains historiens relèvent le manque d’analyse historique de ce grand spectacle. «Le film est bien joué, bien fait, émouvant, tout ce que vous voulez, mais il ne peut en aucun cas être considéré comme historique», a ainsi déclaré l’auteur de plusieurs best-sellers sur la Résistance, Henri Amouroux.
Ce film, et les controverses qu’il suscite, sont une nouvelle occasion pour les Français d’affronter un passé qui sera au centre du procès, dans huit mois, de Maurice Papon, un haut fonctionnaire de Vichy accusé de «complicité de crime contre l’humanité» pour son rôle dans la déportation de 1.690 juifs de Bordeaux (sud-ouest).
Une tâche nécessaire, selon le président gaulliste Jacques Chirac, qui a déclaré dimanche qu’il fallait «faire toute la lumière sur le rôle de Vichy et de ses représentants», afin de «mener à son terme» le «devoir de mémoire».
«Lucie Aubrac» est centré sur l’année 1943, un tournant dans l’histoire de la Résistance qui a vu l’arrestation par la Gestapo du représentant en France du général de Gaulle, Jean Moulin – en même temps qu’Aubrac.
Moulin, chargé de fédérer les mouvements de résistance, était une cible prioritaire pour la Gestapo de Lyon (centre-est), qui l’a torturé à mort après son arrestation en juin 1943.
Les circonstances de son arrestation et l’identité du traître ayant révélé à la Gestapo l’identité de Jean Moulin sont, aujourd’hui encore un sujet de controverses en France, où pendant près de cinquante ans les autorités se sont efforcées de ne pas remuer des souvenirs gênants concernant la guerre.
L’éditeur d’un livre sous-entendant que Raymond Aubrac aurait pu être en mesure de faciliter l’arrestation de Moulin, a ainsi décidé d’en retarder la parution jusqu’au mois d’avril, pour «éviter une exploitation polémique».

