La place accordée par la presse à ces deux exemples prouve assez que la vie des quelque 65.000 transsexuels en Grande-Bretagne est encore loin d’être facile, mais le destin de Toni et Joanna montre aussi que le monde du travail s’adapte peu à peu.
Séparé après vingt-deux ans de mariage, père de cinq enfants, le médecin généraliste John Browne a écrit à ses 3.000 patients d’Oxford pour leur annoncer qu’il allait changer de sexe, une intervention de 9.000 livres (14.500 dollars) prise en charge par la sécurité sociale, après un long processus d’examens psychologiques.
«Vous êtes peut-être déjà au courant des spéculations sur les altérations de mon apparence ces derniers mois», écrit le médecin de 46 ans, qui suit un traitement hormonal.
«C’est un état intimement lié à l’identité de la personne et avec lequel l’on naît. Cela signifie que la sexualité mentale d’un individu est opposée à celle que son corps suggère. Cela s’appelle transsexualité et ne peut être résolu que par une transformation de l’apparence», explique-t-il.
«Ces prochaines semaines, je serai absent du centre médical Saint Bartholomew et reviendrai en tant que Dr Joanna Browne».
Depuis, l’hôpital a été inondé de lettres et d’appels de la part des patients. La plupart ont été des messages de soutien, assure un porte-parole de l’établissement, même si au moins une personne a annoncé son intention de boycotter Joanna.
Puis, c’était au tour des élèves du collège religieux Saint Peter d’Exeter, en Cornouailles, d’apprendre que leur professeur de sciences, Tony Bradley, 37 ans, marié, trois enfants et apparemment soutenu par sa femme Joy, allait leur revenir en tant que Toni Bradley. Ils ont été priés d’être «sensibles» à sa situation «stressante».
Les parents de l’école affiliée à l’Eglise d’Angleterre recevaient une lettre du proviseur leur annonçant que l’enseignant, «souffrant d’un trouble de l’identité sexuelle», allait subir un traitement «impliquant un long processus qui va lui permettre de devenir de plus en plus féminin».
«Bientôt, arrivera un moment où il sera Mme Bradley et, à tous points de vue, un de nos professeurs femmes, s’habillant et se comportant comme tel», explique la lettre.
Ses collègues étaient dans le même temps prévenus qu’ils feraient face à des actions disciplinaires s’ils discutaient du cas en dehors de l’école.
Si les journaux populaires publient avec délice la photo de Tony, le crâne dégarni, aux côtés de celle de Toni, à la perruque brune ébouriffée, le ton reste généralement modéré et factuel, même chez les plus conservateurs, dans un pays très attaché à la liberté individuelle.
Ce qui ne veut pas dire pour autant que les transsexuels sont facilement acceptés, comme l’a montré en début de semaine le cas de Mme P., qui réclamait un million de livres à un collège pour licenciement abusif en raison de son changement de sexe.
Bien qu’elle ait réussi à annuler les dettes de l’établissement, Mme P. avait été remerciée de sa position de cadre et était restée trois ans au chômage. Après quatre jours de débat, elle a conclu un accord à l’amiable avec son ancien employeur et obtenu une compensation financière, restée secrète.


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