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Actualités - Chronologie

La Serbie survit grâce à l'économie de la destruction

BELGRADE, 26 Février (AFP). – Dix-sept mois après la suspension puis la levée des sanctions internationales imposées à la Serbie, l’économie parallèle représente encore une part importante de l’activité du pays.
Pendant trois ans et demi, l’interdiction théorique de tout commerce avec un pays accusé d’avoir déclenché et entretenu la guerre en Bosnie a conduit les hommes d’affaires serbes à imaginer d’innombrables moyens de contourner les règlements internationaux.
De l’aveu même de la presse gouvernementale, l’économie «grise» représentait au moins 60% de l’activité.
«Aujourd’hui, assure le professeur d’économie Mladjan Dinkic, auteur d’un livre au succès retentissant, «L’économie de la destruction», j’estime, en l’absence bien sûr de tout chiffre officiel, à environ 50% la part de l’économie clandestine dans ce pays».
La porosité des frontières, après avoir permis d’approvisionner le pays pendant les sanctions, permet aujourd’hui l’importation de biens de toutes sortes en provenance des pays voisins, assure-t-il.
«Sans oublier l’omniprésence du travail au noir», ajoute-t-il. «L’immense majorité des personnes employées par le secteur privé ne sont pas déclarées.
Aleksandra Posarac, de l’institut de science économique, estime quant à elle ce pourcentage à environ 25%.
Le marché aux Puces de Belgrade, à la périphérie de la capitale, illustre l’importance de l’économie clandestine.
C’est une immense esplanade grillagée, à l’intérieur de laquelle des milliers de commerçants proposent de tout: vaisselle, outillage, hifi, vêtements contrefaits, imitations de chaussures de sport, disques et cassettes vidéo piratés, alimentation, cigarettes, alcools, jouets...
Les prix sont très inférieurs à ceux des boutiques: une copie de chaussures de sport Nike dernier cri est vendue 110 dinars (6 dinars = un dollar) contre 700 dans le centre-ville.

Pas d’équivoque

Pas d’équivoque sur l’origine de la marchandise: «Ce sont des vrais Levi’s de Novi Pazar» (ville du Sandjak, sud-ouest de la Serbie, où les ateliers de contrefaçon pullulent) assure un vendeur. Prix: 80 dinars.
Il dit verser aux autorités une redevance forfaitaire de 300 dinars par mois, plus 15 dinars par jour (20 les week-ends).
Aucune autre taxe n’est versée. «De temps à autre, il y a une descente de la police financière. Ils demandent les factures: personne n’en a, on négocie une petite amende», ajoute ce vendeur.
Dans le fond, le coin des Roumains: marchandises de troisième choix à des prix imbattables. Dimanche dernier, 13 bus roumains stationnaient près de l’entrée du marché.
Les vendeurs de cigarettes se tiennent près du portail. 6 dinars le paquet, contre 8 dans le centre. L’importation des cigarettes est un secteur florissant, qui brasse des sommes faramineuses.
Dans le dernier numéro de l’hebdomadaire indépendant Nedeljni Telegraf, Bozidar Radovic (dit Bob), roi de la contrebande de tabac au Monténégro, explique sans ambages «qu’un camion de cigarettes me coûte 300.000 dollars. Mon bénéfice est de 30 à 40%. Le gouvernement (du (Monténégro) prend 10%, le transitaire en douane 1%, le port de Bar 1,5%».
Début février, l’un des chefs de l’opposition, Zoran Djindjic (élu vendredi maire de Belgrade) a accusé le régime du président Milosevic d’encourager ces trafics et d’en tirer d’énormes profits.
Selon la presse gouvernementale, les importations clandestines de cigarettes ont représenté l’an dernier 71% du tabac consommé en Serbie (23.000 tonnes).
Pour le premier trimestre de 1996, l’Etat a encaissé 300 dollars de taxes pour l’importation légale de 18,5 kg de tabac.
Le cas de Jovan, gérant d’un petit magasin dans le centre de Belgrade, est édifiant: pour des ventes quotidiennes d’environ 2.000 dinars, il assure ne déclarer à l’administration que 180 dinars, avec de fausses factures.
Et sur 240 plaquettes de chocolat vendues par semaine, six sont déclarées.
BELGRADE, 26 Février (AFP). – Dix-sept mois après la suspension puis la levée des sanctions internationales imposées à la Serbie, l’économie parallèle représente encore une part importante de l’activité du pays.Pendant trois ans et demi, l’interdiction théorique de tout commerce avec un pays accusé d’avoir déclenché et entretenu la guerre en Bosnie a conduit les hommes d’affaires serbes à imaginer d’innombrables moyens de contourner les règlements internationaux.De l’aveu même de la presse gouvernementale, l’économie «grise» représentait au moins 60% de l’activité.«Aujourd’hui, assure le professeur d’économie Mladjan Dinkic, auteur d’un livre au succès retentissant, «L’économie de la destruction», j’estime, en l’absence bien sûr de tout chiffre officiel, à environ 50% la part...