Joue contre joue, tendrement enlacés... Eternel tango des cœurs. Mais cette danse argentine langoureuse et sentimentale à souhait peut être fougue, ardeur et sensualité. Témoin, un excellent spectacle intitulé «Tango Pasión» qui, après l’Europe, enflamme les Etats-Unis, par sa beauté et sa musique. Deux heures durant, la troupe argentine raconte — uniquement en tangos — une histoire tissée d’amour, de désir, de jalousie, de rejet, de retrouvailles, de dignité, de fierté, et d’amour encore et encore.
Ici, le tango est loin d’être deux pas en avant, trois pas de côté. Il est une danse d’une richesse inouïe et d’une éloquence surprenante. Le tanguero (le danseur de tango) et la fédora (sa partenaire) s’affrontent, se séparent, se retrouvent dans un corps à corps où les jambes et le regard en disent plus long que les mots.
Telle est la qualité de ce spectacle qui a exploré tous les aspects et l’évolution d’une danse née dans les rues de Buenos Aires. C’est là en effet qu’il a fait son apparition vers 1880, dans les quartiers alors populaires de Montserrat et de San Tilmo. Au début du XXe siècle, la capitale argentine s’était mise à son rythme même si la classe huppée le dénigrait.
L’originalité et la force de «Tango Pasión» est qu’il est bâti comme un véritable ballet. C’est-à-dire qu’il repose sur une chorégraphie minutieusement élaborée et relevant d’une grande inspiration.
Après la
Macarena
Le rideau se lève sur une «cafétin» (café à Buenos Aires) des années 40. Les hommes ont les cheveux gominés, les costumes à rayures et le regard conquérant. De vrais machos. Ils invitent à danser des femmes moulées dans des robes précieuses mettant en valeur leur corps et dévoilant, à chaque mouvement, le galbe de leurs jambes. Quand les couples se forment, les hommes commencent par mener le jeu, mais les femmes, tout en suivant, leur arrachent progressivement la vedette. Façon de s’imposer. Les corps se raidissent, se plient à l’infini, se cambrent. Les jambes sont tantôt fléches, lancées dans l’espace, tantôt jeu d’angles dessinant de savants entrelacs. Avec harmonie, rapidité et sans collusion aucune.
Une première partie à couper le souffle et qui porte au paroxysme les rythmes des tangos d’antan: «la Cumparsita», «Ojos Negros» (les yeux noirs), «El Choclo» et autres compositions du célèbre Carlos Gardel.
L’orchestre qui accompagne la troupe est aussi prestigieux. Il s’agit du Sexto Mayor dont notamment les joueurs de bandonéon (petit accordéon hexagonal, portant le nom de son inventeur allemand, Heinrich Ban).
Egalement éblouissante la seconde partie ayant pour support des musiques contemporaines, portant pour la plupart la signature d’Astor Piazzola.
A noter que la fièvre du tango, particulièrement argentin, monte de plus en plus. Après la Macarena, tout le monde ne jure plus que par «le plus beau de tous les tangos du monde…».


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