Comme pour se venger d’un début de saison morte, du soleil qui s’obstinait à briller de tous ses rayons, les skieurs arborent aujourd’hui un teint éclatant, à vous faire… pâlir de jalousie. Vous aurez beau vous grimer, vous cacher derrière un masque de fond de teint-correcteur-blush, vous ne tromperez personnes, surtout pas eux. Pour faire partie de cette secte sélecte, sans le risque de se casser une papatte, il faut se lever tôt…
A supposer que vous réussissiez à bluffer, miraculeusement, un groupe de skieurs (bénéfice du doute exige), il vous reste encore à passer un test. Une deuxième étape qui est de loin plus dure à franchir, à savoir: le jargon du skieur. Car outre leur teint, les skieurs ont le chic de souligner leur «différence» par un lexique ésotérique, hermétique comme une combinaison de ski. Un vocabulaire qui n’est «décodable» que par eux et par eux seuls.
Parlez-vous «ski»? That is the question.
D’abord, tout skieur libanais qui se respecte dira, francophone ou pas: «Taleh Eské» (évolution de l’obsolète «je monte skier»). Cela fait «style», paraît-il… Puis la conversation s’engage:
— «J’ai mis ma nouvelle combine et pris demi-journée. Mon frère voulait surfer. Tu sais, il a un style superbe, il virage très bien; l’année dernière, il en était encore au chasse-neige/virage. Après le ski, nous sommes montés au soleil, pour la pelle du lundi».
Décryptée, cette envolée lyrique se traduit comme suit:
— «J’ai porté ma nouvelle combinaison et j’ai payé pour une demi-journée de ski. Mon frère voulait skier sans ses bâtons. Tu sais, il a un bon style, il prend bien ses virages. L’année dernière, il devait encore se mettre en position de chasse-neige pour ralentir avant de prendre un virage. Après le ski, nous avons bronzé pour être sûrs de peler lundi matin»…
Car l’appel de la «pelle» est irrésistible. Un «must» pour tout bon skieur qui fait fi, de décembre à mars, de tous les conseils beauté-santé-de-la-peau.
Nous la tenons enfin notre consolation: dans 25 ans, qui c’est qui sera tout ridé comme une pomme desséchée? (la vengeance est un plat qui se mange froid).
Solution: Les pauvres skieurs…
Natacha


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