Auréolé de ses douze citations pour les Oscars, «The English Patient» était escorté à Berlin par ses deux actrices très applaudies, la Britannique, française d’adoption, Kristin Scott Thomas et Juliette Binoche, nommées l’une pour l’Oscar de la meilleure actrice, l’autre pour celui du meilleur second rôle. Il concourt avec 24 autres films pour l’Ours d’or qui sera décerné le 24 février par le jury présidé par l’ancien ministre de la Culture français Jack Lang.
Fleuron de la renaissance du cinéma brésilien, «O que é isso companheiro?» (Four Days in September), qui raconte l’enlèvement en septembre 1969 à Rio de Janeiro de l’ambassadeur des Etats-Unis Charles Elbrick, vient accompagné de son ancien ravisseur, aujourd’hui député vert Fernando Gabeira, et de la fille du diplomate Valerie Elbrick.
«The English Patient» aurait tout aussi bien pu s’appeler «In Love and War», comme le film de Richard Attenborough sur l’amour du jeune Ernest Hemingway pour une infirmière de la Croix-Rouge pendant la Première Guerre mondiale, en Italie. Mais la fresque romanesque d’Anthony Minghella est autrement plus complexe et plus sophistiquée.
Adapté d’un roman de Michael Ondaatje, ce film construit comme une mosaïque d’images et de souvenirs raconte des amours parallèles, à deux époques différentes.
Un puzzle
En 1945, les Britanniques remontent vers le nord de l’Italie avec un blessé récupéré en Afrique du Nord, qui prétend avoir perdu la mémoire. Grièvement brûlé, méconnaissable, il est confié à la garde de Hana (Juliette Binoche), une infirmière franco-canadienne. La guerre n’est pas tout à fait finie et de curieux personnages hantent les abords du monastère abandonné où ils ont trouvé refuge. Il y a l’étrange Caravaggio (Willem Dafoe), qui ne croit pas à l’amnésie du mystérieux patient dont il cherche à se venger et vole la morphine, et Kip, un démineur sikh, auquel Hana n’est pas indifférente.
Hana lit des lettres à l’homme sans nom et sans visage et peu à peu l’aventure d’Almasy (Ralph Fiennes), aristocrate hongrois, explorateur, tombé passionnément amoureux de Katharine (Kristin Scott Thomas), la femme d’un collègue, remonte à la surface, l’histoire d’une passion brûlante et tragique.
Superbement filmé et interprété, «The English Patient» évolue entre les décors orientalistes du Caire, les peintures rupestres des grottes libyennes et les fresques d’une petite église toscane que Hana découvre à la lueur d’une torche, au cours de l’une des plus jolies scènes de cette longue saga (deux heures quarante minutes). Pour Anthony Minghella ce film est «une histoire d’amour», un «puzzle d’identités et de nationalités».
Avec «O que é isso companheiro?», Bruno Barreto, le réalisateur de «Dona Flor et ses deux maris», champion du cinéma brésilien avec 12 millions d’entrées, fait son retour au pays en portant à l’écran une page de l’histoire récente du Brésil. En septembre 1969, un groupe de jeunes gauchistes, décidés à lutter contre la dictature militaire, enlève l’ambassadeur des Etats-Unis, à Rio de Janeiro, Charles Elbrick, et exigent la libération de quinze prisonniers politiques.
Rimbaud et
de Monfreid
«Port Djema» et «Territorio Comanche» ne figurent sur aucune carte du monde mais ce sont des territoires bien réels, hantés par des aventuriers, idéalistes ou cyniques, que la Berlinale a visité la veille de la Corne de l’Afrique à la Bosnie, avec le Français Eric Heumann et l’Espagnol Gerardo Herrero.
Médecins engagés dans des opérations humanitaires et journalistes envoyés sur les champs de bataille, du Salvador à Sarajevo, se croisent aux quatre coins du globe et s’interrogent sur leur mission: utopie, manipulation, frissons... Ce sont les sujets choisis par deux producteurs passés à la réalisation.
Pierre Feldman (Jean-Yves Dubois), un chirurgien, débarque à «Port Djema», dans la Corne de l’Afrique, pour répondre au vœu de son ami Antoine, médecin, tué dans des circonstances mystérieuses. Antoine lui avait envoyé la photo d’un enfant, Driss, que Pierre recherche. Au fil d’un voyage de trois jours à travers les quartiers misérables de la capitale ou les paysages âpres d’un désert pierreux, le chirurgien parisien découvre un pays déchiré par la guerre civile entre deux ethnies.
Un diplomate français Jérôme Delbos (Christophe Odent), qui se moque du «tourisme existentiel» de Pierre, lui conseille de ne pas s’attarder. Ambigu et cynique, jouant avec opportunisme ou réalisme les deux cartes à la fois, du pouvoir en place et de la guérilla, il affirme la «neutralité» de la France.
Antoine était un idéaliste romantique qui, lui, avait pris parti pour les Assads, majoritaires mais exclus du pouvoir. Il y a aussi une photographe, Alice (Nathalie Boutefeu), qui photographie les ombres des palmiers et les cicatrices du conflit... Au terme de cette quête initiatique, Pierre repart vers ses malades. Reviendra-t-il?
Touche humaine
Avec «Territorio Comanche», c’est le «cirque ambulant» des grands reporters que suit Gerardo Herrero, d’après le livre d’un ancien correspondant espagnol à Sarajevo, Arturo Perez Reverte. Laura, jeune et jolie journaliste de la télévision, est envoyée en Bosnie pour ajouter la «touche humaine» que réclame la rédaction en chef à l’équipe sur place, Mikel (Imanol Arias) et son caméraman José (Carmelo Gomez).
Les deux hommes, machos, méprisants et cyniques, la mettent à l’épreuve en l’emmenant dans le «territorio Comanche», un quartier de Sarajevo transformé en champs de ruines, où, comme dans les westerns, on ne voit pas le franc-tireur embusqué. Laura découvre la «tribu» du Holiday Inn, des journalistes qui ont fait tous les fronts pour des raisons diverses: l’ennui, l’adrénaline, les problèmes personnels...


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