Bouclant la boucle en 105 jours 20 heures 31 minutes 15 secondes, Auguin a amélioré d’un peu plus de trois jours le record établi par son compatriote en 1989 (109 jours 8 heures 48 minutes 50 secondes) et devient ainsi le premier marin à gagner trois tours du monde d’affilée après ses deux victoires dans le BOC Challenge, course autour du monde en solitaire avec escales.
Le Normand a franchi sous le soleil, à 09h33 locales (08h33 GMT), la ligne d’arrivée située à environ 1,5 mille du port vendéen, par une houle assez formée avec un vent d’environ 10 nœuds.
Une cinquantaine de bateaux étaient venus attendre «Géodis», avec, à leur bord, proches du coureur, officiels et journalistes, tandis que des hélicoptères survolaient le plan d’eau. En coupant la ligne sous les ovations des milliers de personnes venues l’acclamer, Christophe Auguin a débouché une bouteille de champagne, sous le regard de son épouse Véronique et de son petit garçon, Erwan, qui avaient pris place à bord d’une vedette.
Ils étaient seize à avoir appareillé le 3 novembre, dont un, raphaël Dinelli, hors classement. Derrière Auguin, ils sont cinq encore en course. Marc Thiercelin et Hervé Laurent se disputent la deuxième place et sont attendus d’ici à une semaine. Quatre autres navigateurs solitaires sont également en mer mais hors classement après avoir dû toucher terre pour réparer. Cinq ont abandonné, la plupart après naufrage.
Enfin, on est sans nouvelle depuis le 8 janvier de celui qui était alors le deuxième dans les Quarantièmes rugissants du Pacifique Sud, le Canadien Gerry Roufs.
«Trois mois seul
sur un bateau, ce
n’est pas humain»
Arborant une barbe de plus de trois mois et la «joie et le bonheur de retrouver du monde», Christophe Auguin, vainqueur du troisième Vendée Globe Challenge, est revenu peu après son arrivée sur sa course.
«Trois mois seul sur un bateau, ce n’est pas vraiment humain, a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse. Mais, depuis le Cap Horn, j’ai eu le temps de récupérer de ce qu’on peut vivre dans le grand sud».
Evoquant une «sorte de psychanalyse en accéléré», le navigateur a précisé que la peur, dans une zone qui n’est «pas qualifiable» , ne l’avait jamais quitté.
«Dans le Sud, le moindre détail peut avoir des conséquences colossales, a-t-il expliqué, la peur existe tout le temps. Il y a une pression terrible qui dure très longtemps».
Avant d’aborder le tour de l’Antarctique, «seul dans sa grotte», Christophe Auguin a rappelé le principal incident technique survenu sur Géodis dans l’océan indien.
«J’ai voulu attaquer fort, a-t-il dit, et la vitesse a entraîné une déstabilisation de la quille qui s’est dévissée».
Après avoir resserré les boulons, le troisième vainqueur du Vendée Globe s’est également souvenu de l’influence des naufrages qui survenaient dans son sillage.
«Cela m’a aidé à me calmer, à lever le pied, a-t-il indiqué. J’ai vu la course différemment. Le grand sud m’a vraiment beaucoup inquiété».
Estimant que cette course avait été la plus dure de sa carrière sur le plan «psychologique», Christophe auguin a confié qu’il pensait toujours à Gerry Roufs, dont on est sans nouvelle depuis le 8 janvier.
«Je ne souhaite pas en dire davantage, a ajouté Christophe Auguin. Il faut attendre une quinzaine de jours pour en dire plus».
Les recherches pour retrouver la trace du navigateur canadien ont été interrompues depuis plusieurs semaines.
Christophe auguin a également précisé que le passage du Cap Horn avait été «la première délivrance», ajoutant que l’arrivée avait été son second soulagement.
«Cette course va me laisser une empreinte indélébile, a-t-il conclu. C’est une expérience colossale. J’ai pris dix ans».


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