La réussite ou l’échec de cette solution temporaire dépendra de la possibilité laissée à ses anciens habitants musulmans et croates, majoritaires avant la guerre, de se réinstaller dans cette ville du nord-est de la Bosnie.
Ce droit au retour est garanti, dans la décision prise vendredi, par la Commission d’arbitrage chargée de décider le statut de Brcko.
Les militaires de la Force multinationale et les policiers des Nations Unies déployés dans le pays seront chargés de le faire respecter.
Mais personne n’est dupe en Bosnie. Ce droit a déjà été affirmé dans l’accord de paix de Dayton, conclu en novembre 1995. Et personne n’a encore réussi à réinstaller définitivement des réfugiés musulmans sur le territoire des Serbes de Bosnie.
«Brcko est serbe et restera serbe», affirmait ainsi la population serbe de la ville, reprenant la rhétorique développée par ses dirigeants. Sa perte signifierait, en effet, la partition de leur entité territoriale.
Trop de morts séparent en outre les deux communautés de cette ville, qui comptait 40.000 habitants avant guerre, théâtre d’une sanglante épuration lors de sa prise par les milices serbes au printemps 1992.
Près de 30.000 réfugiés serbes occupent actuellement les maisons des musulmans et des Croates. Venus pour la plupart des quartiers serbes de Sarajevo, ils préconisent aux anciens propriétaires de leurs logements de prendre ceux qu’ils ont abandonnés dans la capitale.
Un Américain sera chargé de superviser la mise en œuvre de ce retour et sa tâche ne sera pas facile, a reconnu le haut représentant civil en Bosnie, Carl Bildt.
Tuteur de l’accord de Dayton, le gouvernement américain s’est engagé à lui donner les moyens de remplir sa mission. Mais dans le même temps, Washington a confirmé sa décision de retirer définitivement ses troupes de Bosnie en juin 1998.
Inquiet des risques d’affrontements entre les deux communautés, le président de la Commission d’arbitrage, l’Américain Roberts Owen, a préféré différer la décision définitive sur le statut de Brcko au mois de mars 1998, soit trois mois avant ce retrait.
«Nous pensons que c’est une façon logique de procéder dans une partie de la Bosnie qui n’était pas prête pour une décision finale», a expliqué vendredi soir le porte-parole du département d’Etat, Nicholas Burns.
Les premières informations annonçant que les Serbes conserveraient Brcko avaient, en effet, provoqué la colère des réfugiés musulmans et une hostilité vis-à-vis des Américains, accusés de les avoir trahis.
La formule adoptée n’a fait ni vainqueur ni vaincu, a affirmé le secrétaire d’Etat adjoint américain, John Kornblum. Mais elle risque de provoquer une reprise des hostilités l’année prochaine lorsque le statut de Brcko sera définitivement arrêté.
Ville stratégique à la frontière avec la Croatie, Brcko est une véritable poudrière car les deux communautés se disent prêtes à reprendre les armes pour en obtenir le contrôle, commentent militaires et diplomates occidentaux à Sarajevo.
Le président bosniaque Alija Izetbegovic s’est montré très critique après avoir pris connaissance de la solution retenue. «Cette décision, à mon avis, n’est pas juste. La justice aurait été de rendre Brcko à la fédération», a-t-il commenté.
Par réalisme politique, et parce qu’il a besoin du soutien des Etats-Unis, M. Izetbegovic a toutefois accepté d’attendre et des appels au calme ont été lancés aux milliers de musulmans, prêts à marcher sur la ville pour réoccuper leurs maisons.


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