M. Annan a demandé au procureur du tribunal, Louise Arbour (Canada), au procureur adjoint, Honoré Rakotomanana (Madagascar), et au greffe, Andronico Adede (Kenya), de venir au siège de l’ONU, «après quoi il prendra l’action appropriée», a déclaré mercredi son porte-parole, Fred Eckhard.
Un rapport publié mercredi par le bureau des services de contrôle interne de l’ONU a dénoncé des «irrégularités de gestion» au tribunal, dont le siège est à Arusha (Tanzanie) et qui est chargé de juger les auteurs du génocide de 1994 au Rwanda.
Le TPR a été mis en place il y a plus de deux ans par le Conseil de Sécurité, mais aucune condamnation n’a été prononcée à ce jour. Les premiers procès ont commencé en janvier.
«Le secrétaire général (de l’ONU) est déçu par les erreurs dans l’administration» du tribunal, non seulement à Arusha, mais aussi à New York, où le secrétariat de l’ONU n’a pas fourni l’appui nécessaire, a dit M. Eckhard. M. Annan «reconnaît que beaucoup a été fait ces derniers mois pour corriger les imperfections, mais un long chemin reste à parcourir avant que le tribunal ne fonctionne normalement», a-t-il ajouté.
Le 9 janvier, le New York Times avait dénoncé la mauvaise gestion du TPR et avait directement mis en cause MM. Rakotomanana et Adede.
L’enquête de l’ONU, réalisée sous l’autorité de l’Allemand Karl Paschke, a conclu qu’il y avait eu «un grand nombre d’anomalies et de carences» dans l’administration du TPR, mais n’a pas identifié de responsables. «Des fonctionnaires occupant des postes clefs au greffe et au bureau du procureur ne se sont pas acquittés de leurs responsabilités comme il convient», a simplement indiqué le rapport.
Dans ses recommandations, M. Paschke écrit que Mme Arbour, qui est également procureur du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPI, La Haye), devrait choisir comme adjoint au TPR à Arusha «une personne ayant de grandes qualités de chef et une expérience professionnelle de la direction d’un parquet et d’importantes enquêtes criminelles».
Déni de justice
Selon des diplomates, les relations entre Mme Arbour et M. Rakotomanana n’aurait pas été très bonnes depuis que la Canadienne a remplacé en septembre dernier le Sud-Africain Richard Goldstone.
Dans le rapport, il est reproché à M. Rakotomanana de ne pas avoir réaffecté «les ressources limitées» du bureau du procureur à la poursuite des «principaux fauteurs de génocide» contre les Tutsis rwandais.
C’est là «la plus grave lacune constatée», a ajouté M. Paschke, en avertissant que s’il n’y a pas relance de la stratégie de poursuites, la création du tribunal «n’aura servi à rien: les Rwandais seront en droit de voir dans la justice ainsi différée un déni de justice».
L’enquête de l’ONU sur le TPR a également «fait apparaître qu’aucun secteur administratif du greffe (finances, achats, personnel, sécurité et services généraux) ne fonctionne efficacement».
Selon le rapport, le greffier «a effectué des déplacements officiels pendant plus de 150 jours durant la période allant de décembre 1995 à octobre 1996». Mais, dans une conférence de presse, M. Paschke a semblé défendre M. Adede en affirmant que le Kenyan avait dû mettre en place le tribunal dans des circonstances difficiles.
Selon son porte-parole, le secrétaire général de l’ONU décidera du sort de M. Adede après les réunions prévues le 21 février à New York.
Lors de la mise en place des tribunaux pour l’ex-Yougoslavie et le Rwanda, des spécialistes avaient estimé qu’il s’agissait avant tout de moyens de pression politiques et avaient douté que les véritables responsables de crimes contre l’humanité soient un jour jugés.


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