La décision américaine d’autoriser dix organes de presse à ouvrir des bureaux à La Havane est «unilatérale et n’aura pas d’influence sur la décision des autorités cubaines», a déclaré Frank Gonzalez, directeur du centre de presse international.
L’information tient une place de plus en plus importante dans le bras de fer qui oppose les Etats-Unis à Cuba. le 28 janvier, la Maison-Blanche a transmis au Congrès un rapport annonçant notamment un soutien aux journalistes cubains indépendants.
Depuis, La Havane resserre son étau sur les journalistes indépendants, qualifiés de «traîtres» par leurs confrères de la presse officielle et insultés lors de «manifestations de rejet» devant leurs domiciles.
Vingt-huit ans après l’expulsion par le régime castriste du dernier correspondant permanent d’un média américain, La Havane avait autorisé en novembre dernier la chaîne CNN à ouvrir un bureau à La Havane. Cette décision a déclenché une vive polémique dans les milieux de la presse américaine.
Aux termes de la loi Helms-Burton renforçant l’embargo américain imposé à Cuba depuis 35 ans, le département d’Etat et le département du Trésor doivent donner leur feu vert pour toute implantation d’une entreprise de presse américaine à Cuba.
Pressions «amicales»
Plusieurs médias — et notamment ceux contrôlés par les milieux émigrés cubains anticastristes de Miami — ont demandé à s’installer à La Havane en considérant que les autorités cubaines ne devaient pas pouvoir «choisir» les organes de presse autorisés à travailler sur son territoire.
Sans doute pour leur donner satisfaction, Washington a annoncé avoir autorisé l’agence Associated Press (AP), la télévision Cable News Network, ainsi que huit autres médias, à ouvrir un bureau permanent à Cuba, s’attirant une fin de non-recevoir de La Havane, qui entend garder le contrôle de l’information.
Le 5 février, des pressions «amicales» ont été exercées sur des correspondants de la presse étrangère en poste à Cuba pour tenter de les dissuader d’assister à une réception organisée par la Section des Intérêts Américains à La Havane à laquelle avaient été invités des journalistes indépendants.
Entre lundi et mardi, sept journalistes d’agences de presse indépendantes ont été insultés et vilipendés lors de «manifestations de rejet» devant leurs domiciles, a indiqué l’un d’entre eux, M. Raul Rivero.
«Une centaine de personnes ont lancé mardi soir des insultes sous mes fenêtres et ont menacé de s’en prendre à moi et à mon épouse», a affirmé M. Rivero, en déniant à cette manifestation tout caractère «spontané», comme l’affirment les autorités.
«Le scénario a été à chaque fois le même: on donne tout d’abord lecture de l’article 8 de la loi cubaine anti-Helms-Burton» avant de dénoncer nommément la personne visée, a indiqué M. Rivero, fondateur et directeur de l’agence Cuba Presse. L’article 8 de cette loi, votée le 24 décembre dernier, réprime toute «diffusion d’information et toute collaboration avec des stations de radio ou de télévision, ou tout autre moyen de propagande du gouvernement des «Etats-Unis».
Par ailleurs, le quotidien «Granma» (organe du parti communiste cubain) a publié mercredi un communiqué du syndicat des journalistes de Cuba dénonçant «les activités de ces traîtres et vendeurs de la patrie (...) qui se sont faits à l’intérieur du pays les agents de la propagande américaine anticubaine».


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