Rechercher
Rechercher

Actualités - Chronologie

L'OTAN, nouvel enjeu de la politique interne russe

MOSCOU, 7 Février (Reuter). – Moins d’une semaine après la visite du président français Jacques Chirac à Moscou et à la veille de la visite du premier ministre russe à Washington, le Kremlin a lancé une nouvelle offensive diplomatique contre les projets d’expansion à l’Est de l’Alliance atlantique.
Comme durant le dernière campagne présidentielle, Moscou brandit à nouveau le spectre du «revanchisme» communiste, abandonnant les arguments purement stratégiques au profit de considérations domestiques.
Dépêché d’urgence au Forum économique de Davos, le chef de l’administration présidentielle a déclaré qu’en mettant leurs projets en œuvre sans offrir de garanties à la Russie, les alliés feraient le jeu des communistes et des nationalistes et obligeraient Moscou à revoir ses relations avec l’Occident.
«C’est exactement ce que souhaite (l’opposition). Cela lui donnerait de merveilleux arguments et la rendrait beaucoup plus forte», a dit Anatoli Tchoubaïs, plus connu et apprécié à l’Ouest pour ses discours en faveur du libéralisme économique que pour ses prises de position diplomatiques.
Dans un entretien publié par le «Washington Post», le premier ministre Victor Tchernomyrdine développe des arguments similaires, estimant que «les ultranationalistes du type de Vladimir Jirinovski accuseront alors le président et le gouvernement de ne rien faire pour prévenir cette évolution».
Tout en reconnaissant qu’elle ne considère plus l’Alliance comme l’ennemi de jadis, la Russie objecte néanmoins que les projets alliés représentent une menace pour sa sécurité. Aussi insiste-t-elle pour que ses relations avec l’OTAN soient régies par un document juridique contraignant, tandis que Washington souhaite la conclusion d’une simple charte politique.
Interrogé à l’issue de ses entretiens avec Boris Eltsine, Jacques Chirac a reconnu qu’il lui était «difficile» de faire état d’un assouplissement des positions russes.
Tout en estimant que les parties pourraient, moyennant «un peu de diplomatie», parvenir à un compromis avant le sommet de l’OTAN qui se tiendra à Madrid le 7 juillet, le chef de l’Elysée a souligné que Paris ne prenait pas position dans ce débat, son unique souci étant d’éviter un nouveau «Yalta».
«(La France) n’a rien contre une formulation juridique, ni contre une formulation politique. Elle est donc très ouverte sur ce point», a-t-il dit lors d’une conférence de presse.
Bouc émissaire

Des propos que le quotidien russe «Sévodnia» qualifie de «nouveauté désagréable» pour les dirigeants russes.
«Jacques Chirac n’a pas répondu aux attentes du Kremlin», titre-t-il, bien que Boris Eltsine se soit dit «très satisfait» de ses entretiens avec son homologue français.
«Un soutien de la France sur cette question aurait incontestablement renforcé nos positions dans notre dialogue avec l’Alliance», renchérit la «Nezavissimaïa Gazeta».
Si le Kremlin affirme qu’il a encore les moyens de faire fléchir la détermination alliée, ses adversaires estiment qu’il ne peut plus guère livrer qu’un baroud d’honneur.
«La visite de Tchoubaïs à Davos n’a servi à rien. La décision d’élargir l’OTAN est déjà prise», a dit le député communiste Victor Ilioukhine, président de la commission des Affaires étrangères de la Douma.
Invité à commenter la performance suisse du chef de l’administration présidentielle, le leader communiste Guennadi Ziouganov a estimé que les dirigeants russes étaient mûs par la crainte des conséquences que pourrait entraîner, sur le plan intérieur, la mise en œuvre des projets alliés.
«Ils ont peur de ne pouvoir garder le pouvoir. Ce qu’on entend aujourd’hui est un appel à l’aide lancé à l’Occident», a-t-il dit lors d’une conférence de presse.
Analyste au Carnegie Endowment for International Peace, Dmitri Trénine souligne que le Kremlin «ne peut se permettre ni de modifier ses positions anti-OTAN, ni d’abandonner ce thème à d’autres».
Signe supplémentaire du désarroi des dirigeants russes, ceux-ci semblent maintenant en quête d’un bouc émissaire et pourraient bien l’avoir trouvé en la personne d’Andreï Kozyrev, ministre des Affaires étrangères de 1991 à 1995.
«Si nous avions insisté sur ce problème à l’époque, nous aurions su que la décision (d’élargir l’OTAN) serait prise en 1997. Je suis sûr que si nous avions eu alors la même attitude qu’aujourd’hui, la question ne se poserait pas maintenant», a dit Victor Tchernomyrdine, interrogé par NTV à Davos.
«Nous ne souhaitons pas un élargissement de l’OTAN sans la participation de la Russie», écrit pourtant l’ancien chef de la diplomatie dans ses mémoires, parus il y a deux ans à Moscou.
«En Russie, le débat (sur l’OTAN) n’est pas une question de politique étrangère. C’est une question interne», souligne-t-il dans un article publié dans la dernière livraison du magazine américain «Newsweek».
MOSCOU, 7 Février (Reuter). – Moins d’une semaine après la visite du président français Jacques Chirac à Moscou et à la veille de la visite du premier ministre russe à Washington, le Kremlin a lancé une nouvelle offensive diplomatique contre les projets d’expansion à l’Est de l’Alliance atlantique.Comme durant le dernière campagne présidentielle, Moscou brandit à nouveau le spectre du «revanchisme» communiste, abandonnant les arguments purement stratégiques au profit de considérations domestiques.Dépêché d’urgence au Forum économique de Davos, le chef de l’administration présidentielle a déclaré qu’en mettant leurs projets en œuvre sans offrir de garanties à la Russie, les alliés feraient le jeu des communistes et des nationalistes et obligeraient Moscou à revoir ses relations avec...