Et de relever, dans la foulée d’une logique qui pèche par omission du juste milieu, que «lorsque le Parlement assume son rôle de censeur on en accuse la présidence de partialité antigouvernementale délibérée; et lorsqu’il ne le fait pas, on l’accuse de torpiller la souveraineté du Législatif par une coupable complaisance à l’égard de l’Exécutif». Après avoir souligné que tout compte fait il n’y a eu qu’un seul député qui a voté contre le budget (dont elles oublient qu’il avait été remanié par la commission parlementaire des Finances), ces sources se demandent «sur quoi vont déboucher, après l’éclatement de la troïka, les prochains débats qui devront porter, entre autres, sur la décentralisation administrative, le code des municipalités, la loi électorale et les propositions d’amendements constitutionnels...»
Réplique
Commentant ce plaidoyer pro domo des parlementaires proches de M. Berry, un ministre soutient pour sa part qu’il ne faut «surtout pas faire semblant de confondre les torchons et les serviettes. La séparation des pouvoirs, qui est hautement recommandable, ne doit absolument pas signifier un divorce de brouille. Le pacte national ordonne très clairement à toutes les institutions de l’Etat de coopérer étroitement entre elles, de bien coordonner leurs plans et leurs actions, d’entretenir un climat constant de dialogue pour régler dans le calme les divergences éventuelles. On ne peut justifier des secousses préjudiciables au pays par le principe de la séparation des pouvoirs. Et en même temps, il ne faut pas que l’accord entre les présidences gomme le pouvoir de décision ou de choix qui revient au Conseil des ministres d’un côté et à l’Assemblée nationale d’un autre côté. Ceci étant, il est certain que les présidences ne sont pas, et ne doivent pas, être dénuées d’un rôle orientateur, du reste très bien défini dans la Constitution. Il est nécessaire dès lors de bien distinguer les lignes de démarcation des prérogatives mais aussi des mécanismes de fonctionnement. Autrement dit à aucun prix, répétons-le, la séparation des pouvoirs ne doit servir de couverture à des empoignades entre responsables qui vivent sous un même toit, celui de l’Etat dont ils sont tous les serviteurs. Il n’est pas question que le chef d’une institution soit à lui seul l’institution elle-même».
Assurances
«Il ne faut cependant pas s’inquiéter outre mesure» affirme ce ministre qui rappelle que «pour M. Rafic Hariri les attaques subies lors des débats du budget sont un reflet de la vitalité politique qui prévaut sur la scène locale et quand on en vient aux choix réels, le sérieux finit toujours par l’emporter...»
Mais alors pourquoi avoir menacé de démissionner si la Chambre rayait l’article six du projet de budget (sur les bons du Trésor)... A cette pointe, le ministre cité répond comme il peut en relevant que «par cette attitude le président du Conseil a surtout voulu confirmer que la question contestée est d’une importance capitale aux yeux du gouvernement. Le président Rachid Karamé avait naguère fait de même pour marquer son attachement à une augmentation des salaires limitée à 10%, à cause du manque de moyens du Trésor, alors que les députés voulaient voter une hausse de 15%. Il avait ainsi mis un terme d’un coup aux surenchères et prévenu toute discussion empoisonnée. La stabilité monétaire, on le sait, est au cœur même de tout plan, de tout espoir de redressement. M. Hariri a donc veillé, en s’opposant à la rectification proposée par les députés, à ce que la Banque centrale puisse continuer à soutenir la livre quand le besoin s’en fait sentir, à la protéger des spéculateurs qui peuvent l’attaquer soit pour réaliser des profits personnels soit à des fins politiques déterminées».
Il n’empêche qu’en allant jusqu’à menacer de démissionner M. Hariri — qui par la suite a laissé entendre qu’il regrettait cette impulsion — a laissé percer une certaine faiblesse, dans la mesure où sa réaction montrait qu’il n’était pas sûr d’avoir la majorité parlementaire à ses côtés...
E.K.

