«Nous devons travailler ensemble», a dit M. Clinton aux membres des deux Chambres du Congrès rassemblés au Capitole pour entendre son discours sur l’état de l’Union. Les Américains «veulent que nous soyons partenaires, pas partisans», a-t-il ajouté.
Répondant pour les républicains, J.C. Watts, le seul élu noir du parti, s’est montré dans l’ensemble conciliant, affirmant ainsi que M. Clinton «a mis dans le mille» en disant que «les gens veulent la coopération bipartite». Mais il a aussitôt mis en garde contre «les faux compromis».
Largement réélu à la Maison-Blanche le 5 novembre, mais sans atteindre le seuil des 50% des suffrages, M. Clinton devra continuer pendant au moins deux ans à cohabiter avec les républicains, ceux-ci ayant conservé le contrôle de la Chambre et du Sénat.
Condamné à coopérer avec eux, il a donc opté pour un programme de gouvernement de nature centriste reprenant les diverses éléments de sa campagne électorale, dont certains avaient été purement et simplement «empruntés» aux républicains.
C’est le cas du principe des baisses d’impôts, une idée d’inspiration républicaine. Le projet de budget que M. Clinton présentera jeudi en proposera 98 milliards de dollars, nettement moins que ce que veut l’opposition et de nature différente, mais M. Watts y a vu «une promesse de coopération bipartite».
C’est le cas aussi d’un plan visant à éliminer le déficit budgétaire, l’objectif absolu des républicains, que M. Clinton avait repris à son compte en 1995.
Il a confirmé qu’il présenterait jeudi un plan de cinq ans visant à rétablir l’équilibre des finances publiques d’ici à 2002.
Tous les membres du Congrès ont applaudi à l’unisson cette promesse.
Mais l’enthousiasme de l’opposition a vite tourné aux cris de protestation — chose rarissime lors des discours de l’état de l’Union — lorsque M. Clinton a réitéré son opposition au vote d’un amendement à la Constitution afin d’interdire la pratique du déficit budgétaire.
Le vote de cet amendement constitue le premier sujet de l’ordre du jour des républicains et s’annonce comme un sujet de confrontation entre la Maison-Blanche et le Congrès.
Il y en a un autre, encore plus explosif: la réforme, réclamée par M. Clinton, du système de financement des partis et le scandale croissant à ce sujet dans lequel M. Clinton et les démocrates sont de plus en plus englués.
La Maison-Blanche estime que des appels répétés de M. Clinton en faveur d’une telle réforme constituent le meilleur moyen de désamorcer les critiques contre les pratiques douteuses auxquelles ont eu recours le président et son parti afin de collecter des fonds durant la campagne.
Ils avaient notamment reçu d’importantes sommes d’argent de personnes et de sociétés proches de groupes d’intérêts asiatiques.
Les républicains, qui ne sont pour l’instant pas sur la sellette, ne voient pas pourquoi ils aideraient leurs rivaux à s’extirper de ce mauvais pas et s’apprêtent au contraire à entamer des enquêtes au Congrès sur ces incidents.
Vivement applaudi par les démocrates, l’appel de M. Clinton pour le vote d’une réforme «bipartite» du financement des campagnes a ainsi été accueilli dans un silence glacial par la quasi-totalité des républicains.
«Clinton continuera à parler de coopération bipartite aussi longtemps que possible, probablement toute l’année, parce que c’est son intérêt», a déclaré Alan Lichtman, de l’American University de Washington, avant le discours.
Du côté républicain, estimait-il, les bonnes intentions pourraient cesser «lorsqu’ils commenceront des enquêtes intensives» sur les questions de financement du Parti démocrate.


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