L’inflation paraît maîtrisée et, tout aussi important, il semble qu’il y ait unanimité parmi les décideurs mondiaux pour estimer qu’il ne serait pas judicieux de laisser filer les prix alors que l’économie est encore convalescente.
La crainte du protectionnisme paraît, pour la première fois depuis dix ans s’estomper, et les participants du Forum de Davos pensent qu’une éventuelle crise financière pourrait être gérée, note le rapporteur de la session 1997, l’ex-sénateur américain Bill Bradley.
La croissance mondiale devrait tourner autour de 4,0% cette année et, au sein de l’Europe des Quinze, la baisse des taux devrait la faire passer de 2,0%, en 1996, à 2,5%, en 1997.
Le paysage économique serait-il donc aussi lumineux et paisible que celui de la station d’altitude helvétique qui a servi de cadre à l’exercice d’analyse des décideurs mondiaux?
Las! «Si le monde peut être optimiste, l’Europe est confrontée à un problème du chômage qui ajoute un bémol à une partition autrement harmonieuse», estime l’Allemand Horst Siebert.
Réformes-couleuvres
«Croissance et chômage sont complètement dissociés l’un de l’autre. On ne peut plus espérer que la croissance économique pourrait réduire le chômage», souligne le président de l’Institut Kiel d’économie mondiale.
La situation du marché du travail en France et en Allemagne, où le record absolu de chômage a été battu avec quatre millions de sans-emploi, est particulièrement éloquente et préoccupante.
Pour créer des emplois, il faudrait remettre en question des législations du travail par trop rigides pour introduire une plus grande mobilité de la main d’œuvre, des aménagements du temps de travail et une flexibilité des salaires.
Mais, de ses cîmes alpines, le gotha mondial a constaté que les classes politiques européennes n’étaient pas prêtes à faire avaler à leurs électorats des réformes en forme de couleuvre fragilisant la situation de ceux qui ont un emploi au nom de ceux qui n’en ont pas.
Les couples gouvernement-opposition ne se sont pas encore entendus sur ce que Siebert présente comme une incontournable nécessité et les populations n’ont pas encore accepté l’idée de ces changements douloureux.
Pourtant, selon les experts de Davos, l’approche de l’échéance de la monnaie unique européenne rend inéluctables qu’emplois et salaires servent de régulateurs des crises au sein de chaque Etat participant au club de l’euro.

