PARIS, 31 Janvier (AFP). — Le gouvernement français a involontairement relancé la controverse sur une défense européenne intégrée, en tardant à informer les députés du contenu d’un récent accord stratégique franco-allemand, qu’ils ont découvert il y a quelques jours dans la presse.Cette maladresse avait suscité la fureur de l’opposition à l’Assemblée nationale, courroucée de constater que le gouvernement ait commencé à informer ses partenaires européens et atlantiques du contenu de cet accord, avant même le Parlement français.
Devant l’indignation manifestée pendant trois heures par les députés socialistes et communistes, le gouvernement a dû faire diffuser en toute hâte le texte de l’accord et promettre un débat spécifique sur cet accord.
Le chef de l’opposition socialiste française Lionel Jospin a tiré une nouvelle salve avant ce débat en renouvelant les critiques du PS, tant sur la forme que sur le fond.
«Nous ne sommes plus à l’époque de la diplomatie secrète. Il y a une façon de procéder de la part du gouvernement et du chef de l’Etat qui n’est pas acceptable», a expliqué M. Jospin à une radio privée.
Il a réservé l’essentiel de ses critiques à la substance de cet accord signé avec le chancelier Helmut Kohl lors du sommet franco-allemand, le 9 décembre à Nuremberg. M. Chirac l’avait qualifié «d’historique», mais n’en avait pas révélé le contenu qui accentue l’évolution récente de la doctrine de défense française dans ses relations avec l’OTAN et l’Europe.
Il prévoit notamment l’ouverture d’un dialogue franco-allemand sur la dissuasion nucléaire, une imbrication étroite des armées française et allemande dans le cadre de leurs obligations atlantiques et européennes ainsi qu’une concertation avant des interventions sur un théâtre extérieur, notamment en cas de crise dans les pays du Sud.
«Otanisation»
M. Jospin a reproché à M. Chirac de réduire encore la souveraineté française en matière de défense avec cet accord qui, a-t-il dit, traduit «le glissement que vient d’opérer M. Chirac à propos de l’OTAN».
«On est en train, à travers cet accord, de passer d’une volonté qui était la nôtre et celle des chefs d’Etat précédents, d’aller vers une sécurité européenne, vers, au contraire, une sorte d’otanisation de l’Europe, c’est-à-dire qu’on est en position de suivisme par rapport aux Allemands», a-t-il ajouté.
M. Jospin a préconisé une démarche opposée: «Il faut, a-t-il dit, essayer d’abord de construire l’identité européenne, puis poser la question du rapport de cette identité européenne de défense avec l’OTAN, ce qui est une façon de faire évoluer le problème européen, mais aussi de garder l’autonomie de la sécurité de la France qui est un acquis depuis le général de Gaulle et qu’aucun président de la République n’avait remis en cause».
Depuis un an, M. Chirac a accéléré le retour de la France dans le système de défense intégrée de l’OTAN, dont le général de Gaulle l’avait retirée en 1966, mais en le faisant dépendre d’une rénovation de l’Alliance passant par un meilleur partage des responsabilités entre Américains et Européens.
Paris, qui souhaitait voir un Européen prendre le commandement de la région sud de l’Europe, n’a toutefois pu réussir à trouver un terrain d’entente avec Washington à ce sujet.


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