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Actualités - Analyse

Les marchés de quartier : une formule à creuser

L’Etat tente actuellement de jouer son rôle au plan du maintien des grands équilibres. Il semble vouloir, ces derniers jours, puisqu’il en a les moyens, prêter un peu plus d’attention à l’aspect social tout en gérant mieux les dépenses. Si, dans des domaines tel l’habitat populaire, aucun programme nouveau n’est pourtant mis en place, il est urgent de réformer le domaine de la consommation qui est aussi à la base des ressources humaines libanaises. L’essai des marchés populaires a été sans doute une première étape vers le «social intelligent». Mais trop excentrés et trop centralisés pour atteindre leur objectif, ils pourraient céder la place à des marchés de quartier où producteurs, petits commerçants et consommateurs seraient en relation avec le minimum d’intermédiaires.
Ménages de la classe moyenne, foyers plus modestes, tous sont de plus en plus nombreux à s’acheminer chaque jour vers les points de vente financièrement abordables. Reste que les prix de détail augmentent plus rapidement que le niveau des salaires et avec eux la marge des intermédiaires. Concernant les produits agricoles, particulièrement ceux d’origine locale, ils affichent un écart sans cesse croissant entre les prix d’achat aux producteurs et le prix de vente à Beyrouth. Ainsi, il n’est pas rare de constater que le prix des agrumes ou des fruits de saison, par exemple, est multiplié par quatre entre les régions de production et le marché beyrouthin.

L’exemple du marché
populaire de la
Quarantaine

Située à l’extrémité de la région appelée la Quarantaine, à proximité des abattoirs de Beyrouth, une surface de 43.000 m2 a été mise à disposition par l’Etat au profit d’une société publique créée par le décret No 5735; le conseil d’administration compte outre son président, des représentants du ministère de l’Economie, du ministère de l’Agriculture, du cabinet du premier ministre et quatre personnalités privées du monde économique libanais. Les travaux d’aménagement ont été réalisés par le Comité exécutif des grands travaux. Le double objectif de la société publique des marchés de consommation est de favoriser le niveau de vie des Libanais en écartant un certain nombre d’intermédiations et en imposant aux participants des règles strictes sur les prix et la qualité; le deuxième volet étant de promouvoir les produits libanais de toute nature. Les producteurs, les artisans, les petits industriels ou les commerçants qui participent à cette foire sept jours sur sept, de 8h à 20h, bénéficient d’un loyer très abordable allant de 125.000 à 350.000 LL par mois pour des stands modulaires d’environ 5m2. Ainsi environ 500 modules sont répartis sur 208 exploitants. Tous les corps de métier sont représentés. En terme de surfaces, les fruits et légumes comptent pour 32%, la viande pour 2,7%, le poisson 13%, l’alimentation 17% et l’habillement et divers 13%. S’agissant des prix, contrôlés par la société gérante, les réductions par rapport au marché local sont successivement pour les fruits et légumes de 10%, la viande de 25%, le poisson 20%, l’alimentation 15% et les vêtements 30%. La marge moyenne que gagne le consommateur est donc d’environ 20% en comparaison des prix pratiqués ailleurs au Liban.

La solution des marchés de quartier

Au départ, il y a un peu plus d’un an, sur les produits importants pour le budget des familles, tels la viande, les produits laitiers, l’épicerie et les vêtements, les intermédiaires ont été largement éliminés; seuls le poisson, les fruits et légumes ont accusé encore des prix nettement supérieurs à ce qui pourrait être payé aux producteurs et aux pêcheurs directement. L’explication tient dans l’influence qu’ont gardée plusieurs cartels remarquablement organisés qui sont capables de faire pression sur les producteurs, à qui ils imposent des prix bas, et sur les réseaux de distribution soumis à des prix déterminés. Ces organisations semblent même tenir tête au gouvernement puisque celui-ci se dit impuissant face à elles et qu’au sein même du marché de consommation, ces mafieux de la distribution gardent un minimum d’emprise.

L’évolution de ce grand marché pilote de la Quarantaine a permis de constater qu’une trop forte concentration permettait aux cartels de s’implanter facilement et qu’en conséquence, aujourd’hui, il semble que seuls de gros commerçants opèrent sur ce marché. Autre facteur défavorable, l’éloignement du centre de la capitale ou même des quartiers les plus populaires de Beyrouth a découragé beaucoup de ménagères qui ne peuvent rester éloignées bien longtemps de leur domicile. Enfin dernier facteur qui a terni le début de réussite du projet: les prix ne sont plus aujourd’hui aussi attractifs qu’au départ.
A l’exemple de cette expérience qui a, en tout cas, prouvé que le gouvernement pouvait, à moindres frais, contrôler et la qualité et les prix des produits offerts, l’établissement de petits marchés de quartier semble être une idée qui a pris forme dans l’esprit de certains décideurs du pays. En effet, si la circulation des automobiles reste problématique à Beyrouth, la question du stationnement est en voie d’être résolue partiellement par l’ouverture de parkings privés, goudronnés et encouragés fiscalement par le gouvernement. A l’instar de la France, il suffirait peut-être qu’en échange de certains de ces avantages fiscaux, il soit procédé à la réquisition, une fois par semaine, de ces emplacements, pour que la formule de marchés de quartier puisse naître. Ces derniers pourraient être sous l’autorité de la ville de Beyrouth et les conditions de participation seraient semblables à celles du marché de la Quarantaine. La différence, outre la proximité, serait peut-être que seuls de petits producteurs ou commerçants participeraient à ces foires délaissées par les cartels mafieux. Pour le moins, le contrôle de cette participation en serait à l’évidence plus simple... donc plus efficace.

Gérard DE HAUTEVILLE
L’Etat tente actuellement de jouer son rôle au plan du maintien des grands équilibres. Il semble vouloir, ces derniers jours, puisqu’il en a les moyens, prêter un peu plus d’attention à l’aspect social tout en gérant mieux les dépenses. Si, dans des domaines tel l’habitat populaire, aucun programme nouveau n’est pourtant mis en place, il est urgent de réformer le domaine de la consommation qui est aussi à la base des ressources humaines libanaises. L’essai des marchés populaires a été sans doute une première étape vers le «social intelligent». Mais trop excentrés et trop centralisés pour atteindre leur objectif, ils pourraient céder la place à des marchés de quartier où producteurs, petits commerçants et consommateurs seraient en relation avec le minimum d’intermédiaires.Ménages de la classe...