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Actualités - Opinion

Carnet de route Fifi abdo et les ulémas

J’emprunte au philosophe Alain Finkielkraut — interrogé par un quotidien sur le silence des intellectuels français au bain de sang algérien — ces mots: «Ce n’est pas un silence d’indifférence, c’est un silence d’épouvante». Parce qu’il exprime l’attitude la plus générale de ceux qui, en dehors des politiques, tentent une réflexion honnête sur le duel sans merci qui oppose un peuple à lui-même et dont la nature finit par se dérober à toute analyse.

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Je relis Elias Canetti, l’un des plus grands écrivains qu’ait produit la MittelEuropa du milieu du siècle, et je trouve, dans «Masse et Puissance», cette phrase que j’isole de son contexte: «Il faut être toujours et partout du côté des opprimés, tout en sachant qu’ils sont faits de la même boue que leurs oppresseurs». Il y a longtemps que je n’avais pas pensé à Pol Pot, victime devenu bourreau. Ni à mon ami Trong, ancien ministre de la Justice du Vietcong, obligé de se construire un radeau en secret après la victoire de Hanoi pour se transformer en «boat people». Ce dangereux idéaliste croit encore à l’esprit de Bandoeng et à sa mondialisation future. Il survit grâce à ça dans un HLM parisien, écrit des livres, ne se plaint de rien. Mais je digresse.

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Le ministre de l’Information (ou son directeur) reproche aux journaux, quand ils font état d’accrochages sanglants entre Libanais et Israéliens, d’écrire que l’affrontement a fait deux «tués» libanais au lieu de deux «martyrs». On comprend très bien sa revendication. Seulement ce glissement du langage, s’il est justifié, dans son cas, rappelle à notre génération de mauvais souvenirs de l’expansion des «langues de bois». On demande humblement la clémence du ministère de l’Information envers les journalistes pour qui un mort est un mort, quelle que soit sa cause, le ciel ou la patrie.

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Merveilleuse Egypte où l’on débat tous les jours, même dans «Rose el-Youssef», à propos des iftars offerts au peuple par des citoyens riches. Parce que parmi ces mécènes, il y a des pêcheurs», comme la grande danseuse du ventre Fifi Abdo. Le doyen d’El-Azhar estime que si le musulman a conscience de l’origine financière du festin (une danseuse ou un trafiquant), il doit s’abstenir de consommer. Cependant cheikh Mohammed el-Saadi, ancien doyen d’El-Azhar, déclare à la presse: «Ceux qui se rendent à ces iftars n’ont pas d’autre choix. Ils ne sont pas censés vérifier les sources de l’argent avant de manger». La querelle dure encore mais, Dieu merci, aucune mesure officielle n’a été prise par les autorités religieuses ou politiques. Il paraît, en revanche, qu’au Caire, la rue fourmille de «nokats» sur le péché, la faim (1), et le ventre dodu de certains moralisateurs...

Amal NACCACHE

(1) PNB égyptien: 680 dollars (chiffre de 1994)
J’emprunte au philosophe Alain Finkielkraut — interrogé par un quotidien sur le silence des intellectuels français au bain de sang algérien — ces mots: «Ce n’est pas un silence d’indifférence, c’est un silence d’épouvante». Parce qu’il exprime l’attitude la plus générale de ceux qui, en dehors des politiques, tentent une réflexion honnête sur le duel sans merci qui oppose un peuple à lui-même et dont la nature finit par se dérober à toute analyse.** *Je relis Elias Canetti, l’un des plus grands écrivains qu’ait produit la MittelEuropa du milieu du siècle, et je trouve, dans «Masse et Puissance», cette phrase que j’isole de son contexte: «Il faut être toujours et partout du côté des opprimés, tout en sachant qu’ils sont faits de la même boue que leurs oppresseurs». Il y a longtemps que...