C’est M. Zaher el-Khatib qui s’est arrêté sur cette question en mettant en relief des articles du projet de budget qu’il a jugés comme étant d’une «extrême gravité».
Il en a cité six. Parmi ces articles, il y en a un (article 26) qui recèle, a-t-il dit, «une volonté camouflée d’effacer les preuves de crimes tels que les détournements de fonds». Un autre est de nature à donner au gouvernement toute latitude de se soustraire au Parlement pour déterminer des sources de financement à des dépenses déterminées, a-t-il ajouté.
«L’article 26 autorise, déclare-t-il, le ministère des Finances à détruire toutes sortes de registres, de documents et de papiers d’archives manuscrits, sur microfilms, sur bande magnétique, sur ordinateur, relevant de ses divers services. Cette décision sera prise sur base de règles spéciales définies en Conseil des ministres sur proposition du ministre et après approbation de la Cour des comptes». Le président Berry est aussi surpris que le reste des députés.
«Veut-on escamoter l’affaire des faux timbres fiscaux»? s’interroge M. Khatib, pendant que M. Siniora se lève offusqué. «En quoi des documents vieux de dix ou de vingt ans peuvent-ils nous intéresser», lance-t-il. Mais M. Berry le prie de garder le silence et de réserver sa réponse à la fin du débat budgétaire et de fournir des précisions sur cette affaire. C’est ce que M. Siniora s’empresse de faire au moment même rejetant les «insinuations» du député et affirmant que «dans tous les pays du monde, les archives sont détruites, passé un délai déterminé dans la mesure où ils deviennent encombrants». Etonné, M. Berry cherche à savoir «comment des disquettes ou des bandes magnétiques peuvent être encombrantes». M. Siniora répond en insistant sur le fait que le Conseil des ministres et la Cour des comptes doivent donner d’abord leur avis. La réponse ne plait toutefois pas à M. el-Khatib qui interroge le ministre sur «les documents qu’on retire du ministère et qu’on photocopie dans son bureau de la Sadate Tower», à Hamra. La réplique du député irrite M. Siniora qui lance fortement: «Ce n’est pas vrai». Le chef du Législatif intervient pour éviter un esclandre. Le ministre est prié de nouveau de s’expliquer au terme du débat budgétaire.
Entre-temps, le député el-Khatib avait demandé la formation d’une commission d’enquête parlementaire qui se saisirait de l’affaire du détournement des fonds aux Finances. Il a aussi laissé entendre qu’il pourrait demander sur cette base que la question de confiance, accordée au ministre, soit posée.
Autre texte contesté par M. el-Khatib, l’article autorisant l’ouverture de crédits pour le remboursement des traites sur les dettes échues et permettant au gouvernement de définir pour cela les moyens par lesquels il compte assurer ces crédits. «Il s’agit d’une tentative dangereuse de court-circuiter le rôle de la Chambre», a-t-il déclaré «et d’imposer de nouvelles taxes».


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