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Actualités - Chronologie

Poubelles de stars

Les deux photographes qui, la nuit venue, ont écumé les quartiers chics de Los Angeles pour fouiller à la hâte dans les poubelles des stars n’appartiennent pas à un gang de fétichistes. Pascal Rostain, le Breton au cigare vissé aux lèvres, et Bruno Mourron, le «latin lover» amateur d’art contemporain, sont devenus des orfèvres en matière de détournement d’ordures. Ils les transforment en œuvres d’art.
En 1988, à Beverly Hills, les deux compères avaient semé la panique, raflant au nez et à la barbe des services secrets les déchets présidentiels du couple Reagan. Ils connaissaient sur le bout du doigt les heures de ronde et les emplacements des caméras de surveillance.
Ce voyage initiatique sur le pavé de la capitale du cinéma leur a fourni nombre d’informations qui leur ont permis de récidiver en toute quiétude il y a quelques semaines. Pas de circonstances atténuantes. Leurs victimes? Madonna, Sharon Stone, Pamela Anderson, Mel Gibson, Marlon Brando, Tom Cruise et consorts.
Après avoir trié les sacs en plastique sur un parking désaffecté, les photographes ont emporté leur trésor ménager dans de grands sacs en toile qui ont passé la douane sans encombre. Chaque poubelle a été méticuleusement mise en scène sur un fond de velours noir avant de passer devant l’objectif des deux hommes. Ce qui n’était à l’origine que boîte de pizza éventrée ou misérable canette de bière devient alors une forme d’art érigée en hommage à la société de consommation. Et les déchets, qui ont connu autrefois leur heure de gloire dans les frigos de Hollywood, reprennent vie et couleurs.
Le but de cette opération, en fait, est de monter l’exposition «Poubelles des stars de Hollywood». Laquelle sera suivie d’une vente aux enchères, menée par Pierre Cornette de Saint Cyr, dont une partie des profits est destinée à une association caritative.
Ou quand l’art de la rue vient au secours de ceux que la société a laissés sur le bord du trottoir. Cette façon d’aller quérir l’inspiration artistique dans le «cimetière» des détritus n’est pas une première. En 1960, le sculpteur Arman fréquente déjà assidûment les décharges. A l’époque, ses œuvres provoquent un tollé et défraient largement la chronique. «Les poubelles concrétisent enfin l’affirmation de la volonté directement appropriative du réel. La démonstration fut brutale mais explicite. Le public cria au scandale devant ces cuves pleines de détritus qui témoignaient sans ambages de la conversion réaliste d’Arman, de sa recherche déterminée d’un langage immédiatement objectif», écrit en 1968 Pierre Restany, dans une revue d’art. Arman accumule pêle-mêle les grands déchets bourgeois, la poubelle ménagère, celle du coiffeur... bref, ces morceaux insolites d’une société identifiée à travers ses rejets.
C’est aussi ce travail de fourmi dans les centres de tri d’ordures qui a inspiré l’écrivain Michel Tournier pour son roman «Les Météores», dont le personnage central est le «Roi des gadoues». A l’époque, l’auteur explique «l’évolution frappante des ordures. Il y a la poubelle du pauvre, de faible volume, et celle du riche, où les emballages sont abondants. On y trouve des surgelés et beaucoup de matières plastiques.» Les Américains ont d’ailleurs élevé au rang d’œuvre d’art son altesse urbaine la poubelle: à San Diego, en Californie, depuis 1991, on peut contempler un mur de 30 mètres sur 6, une sculpture géante qui représente l’équivalent de ce que jette un Américain en six ans: cartons d’œufs, boîtes à chaussures, morceaux de pizzas, couches-culottes, etc.
Dans le prolongement de ces concepts, Bruno Mouron et Pascal Rostain ont tracé leur sillon avec, en tête, une idée des plus tenaces: aider, à leur façon, les sans-abri.
Pour Pierre Cornette de Saint Cyr, le célèbre commissaire-priseur, ce n’est pas une nouveauté puisqu’il a déjà vendu aux enchères les fameuses poubelles d’Arman. «Cette vente est une opération amusante parce que ceux qui l’organisent le font d’une manière élégante. C’est du second degré. Je n’aurais pas aimé que l’on puisse porter atteinte à l’identité des gens concernés. C’est une sorte d’étude sociologique», explique-t-il.
Décidément, ces poubelles sont vraiment des stars.
Les deux photographes qui, la nuit venue, ont écumé les quartiers chics de Los Angeles pour fouiller à la hâte dans les poubelles des stars n’appartiennent pas à un gang de fétichistes. Pascal Rostain, le Breton au cigare vissé aux lèvres, et Bruno Mourron, le «latin lover» amateur d’art contemporain, sont devenus des orfèvres en matière de détournement d’ordures. Ils les transforment en œuvres d’art.En 1988, à Beverly Hills, les deux compères avaient semé la panique, raflant au nez et à la barbe des services secrets les déchets présidentiels du couple Reagan. Ils connaissaient sur le bout du doigt les heures de ronde et les emplacements des caméras de surveillance.Ce voyage initiatique sur le pavé de la capitale du cinéma leur a fourni nombre d’informations qui leur ont permis de récidiver en toute...