Les queues de cheval étaient grisonnantes, le ventre quelque peu bedonnant, mais les vieilles habitudes — bière à flot et rock’n roll — ne se sont pas perdues pendant la fête, qui a rassemblé les signataires de la charte réclamant la reconnaissance des droits de l’homme en Tchécoslovaquie.
Il y avait toutefois un absent de marque, le président Vaclav Havel, co-initiateur de la charte, qui se remettait d’une opération pour un cancer du poumon.
Mais le message jovial et ironique adressé par le dramaturge à ses anciens compagnons de lutte a suffi à la joie des convives.
«Qui parmi ceux qui furent à la naissance de la Charte 77 ou, sachant pleinement ce qui les attendait, la signèrent par la suite, auraient pu imaginer commémorer leur action dans le hall espagnol du château de Prague en tant que citoyens d’un Etat libre?».
La Charte 77 fut signée en janvier 1977, huit ans après l’intervention des troupes du Pacte de Varsovie pour écraser «le printemps de Prague». Les premiers signataires étaient au nombre de 242. Plus de 2.000 rejoignirent ensuite l’appel accusant les autorités communistes de violer les droits de l’homme.
Psychédélique
Beaucoup d’entre eux furent régulièrement tracassés par la police et perdirent leur travail. Havel fut confiné à un emploi de manutentionnaire dans une brasserie. Beaucoup furent également emprisonnés, dont Havel, enfermé pendant cinq ans.
«Ce fut très important pour la culture politique tchèque», note Jiri Dienstbier, ministre des Affaires étrangères de 1990 à 1992 et aujourd’hui dirigeant d’un petit parti centriste. «Ces gens sont aujourd’hui dans des partis différents (...) mais cela a servi d’école de démocratie», ajoute-t-il.
Les animateurs de la charte jouèrent un rôle essentiel dans la «révolution de velours» de 1989, qui conduisit au renversement du régime communiste sans effusion de sang.
Depuis, Tchèques et Slovaques se sont séparés en deux républiques distinctes et la population tchèque subit la grise politique économique du premier ministre Vaclav Klaus.
Mais à ce 20e anniversaire, les esprits étaient tournés vers le passé. Plastic People of the Universe, le groupe rock le plus connu de l’époque, est ainsi remonté sur scène.
Le ministre de l’Intérieur Jan Ruml, toujours affublé d’une queue de rat, a dansé avec ses anciens amis, au son des vieux morceaux psychédéliques.
«Peu importe où nous sommes aujourd’hui, que nos opinions politiques soient différentes. L’idée de solidarité et la lutte conte le totalitarisme demeurent», a dit Ruml.

