Selon son directeur, le Français Bernard Molard, qui a ouvert cette semaine à la presse son centre pour la première fois depuis sa création en 1992, l’«expertise» réunie à Torrejon constitue «le premier outil européen dans le domaine spatial».
Installé sur une base aérienne espagnole, le bâtiment gris aux lignes épurées est «classifié Secret UEO». A l’intérieur, après le franchissement d’une dernière porte codée, la «salle d’opération», qualifiée de «temple» par un officier britannique, laisse entrevoir les travaux qui y sont effectués sur écran informatique.
Dans cette pièce aux rares fenêtres, cachées derrière des rideaux «par mesure de sécurité», une petite dizaine d’analystes d’image scrutent des photos satellitaires sous une lumière tamisée. Dans un coin de la salle, un petit local a été construit. Accessible par une porte blindée et codée, il est sous la surveillance permanente d’une caméra: à l’intérieur, deux postes de travail sont consacrés exclusivement aux photos délivrées par le premier satellite d’observation militaire européen (France, Italie, Espagne), Hélios.
Ses images auraient, dit-on, une résolution de moins de deux mètres. Comparé aux 10 mètres de résolution du satellite civil Spot, il représente depuis son lancement en 1995 le «top» pour les analystes et ses performances sont entourées du plus grand mystère.
Le centre satellitaire travaille «gratuitement» pour le Conseil de l’UEO et ses membres, à qui il remet des dossiers d’expertise. Selon les demandes, le centre puise dans ses archives, ou s’adresse aux sociétés spécialisées dans la vente d’images satellitaires.
A titre d’exemple, une image Spot revient à entre 3.000 et 10.000 dollars. Les fournisseurs sont, outre Hélios, français (Spot 1 et 2), américain (Landsat 4 et 5), canadien (Radarsat), indien (IRS 1-C) et russe (Russian images).
Les photos sont acheminées par voie postale, précise M. Molard, en indiquant que pour supprimer cet inconvénient, il faudrait que l’UEO se dote de ses propres satellites pour ne plus dépendre des autres.
Le centre traite actuellement une centaine de dossiers. Ceux-ci peuvent concerner des actions humanitaires, l’application de traités de désarmement, une surveillance maritime ou de l’environnement ou des opérations de l’UEO. L’interprétation d’une photo de 25km sur 25 prend quelque trois semaines.
Le budget annuel du centre (salaires, achat d’images, entretien du bâtiment, renouvellement du matériel) est de 15 millions de dollars.


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