En l’espace de quelques années, comme d’autres familles nomades touarègues ou maures de la région, les Kounta ont tout perdu sous l’effet conjugué de la sécheresse et d’une rébellion oubliée qui aurait fait en cinq ans, de 1990 à 1995, plusieurs milliers de morts dans le nord du Mali. Aucun chiffre officiel n’a jamais été publié.
Après une longue période d’incertitude, durant laquelle les 800 membres de la tribu sont restés cachés sous les épineux pour échapper à la guerre, ils ont décidé de se sédentariser dans un no man’s land aride, où ils attendent, inch’Allah, une bonne âme pour leur construire un puits.
Aidé d’un guide, le 4x4 du Comité international de la Croix-Rouge a mis plus d’une heure pour découvrir, au fond d’un vallon, le campement du chef, le grand marabout ould Sidi Lamine, auquel il doit remettre un lot de bâches et de couvertures. En janvier, dans cette zone surchauffée le jour, la température peut tomber à 4 degrés la nuit.
Ni viande, ni lait
Hommes et enfants se pressent pour accueillir les étrangers. Les femmes, toutes habillées de noir, se tiennent à distance autour de cahutes faites de morceaux de bois tordus et recouvertes de vagues morceaux de chiffons qui seront vite remplacés par les bâches bleues du CICR.
Un chevreau est la seule présence animale dans ce campement de 200 âmes.
Autrefois, explique Mohamed Lamine, l’un des chefs de la tribu, les Kounta possédaient de riches troupeaux de chameaux, de vaches et de moutons. La sécheresse des années 70 et 80 a commencé à les décimer, la rébellion des années 90 les a anéantis.
Plus de viande, plus de lait: les Kounta survivent désormais en mangeant du cram-cram, une herbe locale truffée d’épines. Et les bons jours, du mil, quand ils ont réussi à vendre à Tombouctou du charbon de bois extrait des maigres épineux des alentours.
Mais Mohamed Lamine ne désespère pas. Le gouvernement malien, qui doit faire face, mille kilomètres plus au sud, à de graves problèmes économiques, fait de son mieux pour redonner vie à l’immense région du Nord, à peine sortie de la guerre.
Avec un peu d’argent, les Kounta pourraient racheter du bétail. A condition de disposer d’un puits, le plus proche se trouvant à une dizaine de kilomètres.
En attendant, pour survivre, les Maures sédentarisés comptent sur la vente du charbon de bois et sur un projet porteur d’espoirs: louer leurs services à des éleveurs de Tombouctou pour faire paître le bétail.
Les hommes se sont assis en cercle pour parler longuement avec les étrangers venus leur apporter de l’aide.
Dans la plus pure tradition nomade, ils ont préparé le thé à la menthe. Pour les visiteurs seulement. Eux n’en boivent plus depuis longtemps, faute de moyens.
Face à cette misère sans nom, qui ne fait jamais la Une des journaux, le CICR, qui n’intervient en principe qu’à chaud sur des conflits armés, a décidé un programme de «réhabilitation d’urgence» destiné à donner «les moyens de la paix» à ces populations oubliées.


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