La première scène ouvre sur un crime presque ordinaire. Un homme sonne à la porte d’une famille de Dorsten (ouest). Il fait quérir sous un prétexte banal Martin K., 26 ans. Quand celui-ci apparaît, le visiteur lui décoche dans la poitrine deux projectiles de fusil à pompe.
La police interpelle Thomas Lemke chez son amie Bianca, à Altena. L’histoire prend une tournure moins commune. Martin K. m’avait dénoncé dans une affaire judiciaire, justifie Thomas Lemke, et puis, ajoute-t-il, nous avons été amis, jusqu’à ce qu’il «trahisse» la cause. La cause néo-nazie, entend-il.
Thomas Lemke est membre de deux organisations néo-nazies, le Parti libre des travailleurs allemands (FAP) et la Ligue allemande, selon le Parquet. Du matériel de propagande, mais aussi des armes, dont un lance-roquette, ont été saisis à son domicile.
Croix
gammée
Le quotidien «Bild», qui fait ses choux gras du fait divers, publie des extraits de sa correspondance avec ses «camarades», signée d’un «salut germanique». Il y est question de la «figure lumineuse» d’Adolf Hitler, du meurtre «pour la préservation de la race ou l’élimination des existences inférieures», de sa foi «non dans la croix, mais dans la croix gammée».
A en croire «Bild», Thomas Lemke, chassé de l’école pour prosélytisme nazi, divorcé, emprisonné trois ans au total, avait vécu un temps de petits travaux dans le bâtiment, puis de l’aide sociale.
Au premier abord, Dorsten n’est qu’un nouveau méfait de l’extrémisme de droite. Depuis la réunification en 1990, on en a recensé des dizaines. Au plus haut de la vague en 1992, 2.639 actes de violence ont été imputés à l’extrême-droite. Mais Thomas Lemke poursuit: c’est Odin, le dieu germanique de la guerre, qui a guidé son bras.
Les enquêteurs ne sont pas au bout de leurs surprises. Ils ne tardent pas à établir le lien avec d’autres crimes: oui, reconnaît Thomas Lemke, il a poignardé Patricia W., 22 ans, de 91 coups de couteau à Bergisch-Gladbach en février. Elle avait eu le tort d’arborer un badge «les nazis dehors».
Oui, en juillet 1995, Bianca et lui ont attiré dans une forêt proche d’Altena Dagmar K., 25 ans, une connaissance, l’ont ligotée et bâillonnée, lui ont passé une corde autour du cou et ont tiré dans des directions opposées avant que Thomas Lemke ne l’achève à coups de pelle. Thomas Lemke faisait alors l’objet d’un mandat d’arrêt, explique la justice, Dagmar K. savait où il se tenait. Sa dépouille a été déterrée dans la forêt. «Les déclarations du suspect concordent avec nos constatations», confirme le procureur en charge du dossier.
Le droit de vivre
Thomas Lemke poursuit: en automne, il a satisfait à Duisbourg un «vœu» cher, abattre un Noir, qu’il a jeté dans le Rhin. Il a aussi tué à Dusseldorf, prétend-il sans autre précision. D’après un enquêteur, Thomas Lemke invoque l’action d’Odin, mais aussi de Loki, démon de la mythologie germanique.
Affabulateur, meurtrier en série, ange de la mort nazi? Le procureur Christian Gutjahr se veut prudent: «Il y a un gros point d’interrogation» derrière les deux derniers meurtres évoqués. L’extrémisme a-t-il joué un rôle déterminant? Le magistrat en doute, il serait «inconcevable» pour lui qu’une femme ait trouvé la mort pour avoir porté un badge.
Mais Christian Gutjahr relève la «brutalité extrême» des assassinats. Il indique aussi que Thomas Lemke a passé des aveux «dépourvus d’émotion» et n’a pas exprimé le moindre regret: ses victimes n’avaient «simplement plus le droit de vivre».


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