Après avoir conclu l’an dernier un Traité d’interdiction totale des essais nucléaires (CTBT), la conférence qui réunit 61 pays à Genève doit relever deux nouveaux défis «sur la route d’un monde plus sûr», a dit le président Clinton dans un message lu par l’ambassadeur américain au désarmement Stephen Ledogar.
Le président Clinton a souhaité devant la première séance de l’année de la CD, que ce seul grand forum multinational de désarmement s’attaque à «la rapide conclusion d’une interdiction de la production des matériaux fissiles utilisés dans les explosifs nucléaires».
Dans le domaine des armes conventionnelles, la priorité doit être «la négociation aussi rapide que possible d’une interdiction mondiale et totale des mines terrestres antipersonnel», a dit le dirigeant américain au lendemain du début de son second mandat.
«Ces armes de guerre ont provoqué de terribles souffrances à d’innocents civils et représentent un énorme obstacle au retour à une vie meilleure à la fin d’un conflit. Tous les enfants du monde méritent de pouvoir marcher sur la terre en sécurité», a-t-il ajouté.
Les mines terrestres tuent ou mutilent plus de 25.000 personnes par an, en majorité des civils. Quelque 110 millions de mines sont encore dispersées dans le monde et leur pose progresse plus vite que leur élimination.
Les Etats-Unis et les principaux pays européens souhaitent un traité interdisant la fabrication, l’utilisation, le stockage et l’exportation des mines antipersonnel.
Mais les grands pays producteurs comme la Russie et la Chine refusent de s’engager vers une interdiction totale.
Washington a reçu lors de la séance plénière le soutien de plusieurs Occidentaux sur les mines et les matières fissiles, notamment du ministre italien des Affaires étrangères Lamberto Dini, venu inaugurer la reprise des travaux de la CD après plusieurs mois de pause.
La Grande-Bretagne et la Finlande se sont aussi prononcées en faveur de la proposition américaine.
Cut-off
Les déclarations hostiles de pays non-alignés ont cependant rappelé que les efforts pour interdire la fabrication des matériaux fissiles, le traité dit «cut-off», étaient bloqués depuis plusieurs années et avaient peu de chances de succès rapide.
Les représentants de Malaisie et Birmanie ont demandé que la négociation de ce traité soit liée à celle d’une élimination des arsenaux nucléaires des cinq puissances déclarées, avec un calendrier précis de désarmement.
Le président Clinton, dans son message, a souligné que «couper effectivement le robinet permettant la fabrication de nouvelles armes nucléaires est un pas en avant nécessaire qui contribuerait grandement à l’objectif final d’un désarmement nucléaire».
Mais des diplomates se sont dits pessimistes sur les possibilités d’un déblocage, notamment en raison du traditionnel refus de l’Inde et du Pakistan, deux pays à capacité nucléaire, de renoncer à l’option atomique.
Sur le dossier des mines, le ministre italien des Affaires étrangères a proposé la création immédiate d’un mécanisme de contrôle des exportations comme premier pas vers leur interdiction totale.
«Nous proposons la création d’un Registre international consignant toutes les exportations de mines», a dit M. Dini.
La communauté internationale a échoué l’an dernier à interdire ces armes. Trois ans de négociations, hors de la CD, ne sont parvenus qu’à une limitation autorisant les mines «intelligentes», qui sont détectables et s’autodétruisent après quelques mois.
Cette mesure est jugée insuffisante par les Etats-Unis et les grands pays européens qui souhaitent que la Conférence du désarmement s’empare du dossier pour rallier les grands producteurs, un processus qui devrait durer des années.
Le Canada a lancé de son côté une initiative pour la signature, avant la fin de l’année, d’un traité rassemblant les dizaines de pays qui ont déjà décrété un moratoire unilatéral sur les mines.
Les Etats-Unis et les Européens critiquent le projet car il n’engage pas les principaux producteurs de mines.

