Les conciliateurs locaux n’ont réussi, malgré d’inlassables efforts ces derniers jours, ni à réconcilier les présidents Elias Hraoui et Nabih Berry, ni même à obtenir une atténuation des attaques de ce dernier qui, comme on dit familièrement, «ne surveille plus son langage», Baabda déplorant de son côté que l’on en vienne à un tel niveau, jamais entendu même pendant la guerre...
Si jamais le verbe devait se traduire en acte, à l’occasion des travaux de la Chambre par exemple, ce serait la paralysie consommée en ce qui a trait au fonctionnement de l’appareil public, et le torpillage de nombre de projets utiles.
Toujours est-il que selon des loyalistes modérés «la preuve est maintenant amplement faite que le pouvoir évoluait jusque-là en fonction de relations personnelles cyclothymiques donnant au concept de coopération-coordination entre les institutions une acception trop artificielle pour être durable. La faute initiale, très lourde, est que sous le double prétexte de l’efficience et de l’entente entre présidences, on a institué un système parallèle ignorant la loi constitutionnelle et l’esprit même de Taëf. Cela peut marcher au regard des apparences, quand les présidents sont d’accord. Mais dans le cas contraire, comme on le voit, tout risque de sauter parce que le respect des textes ne joue plus son rôle élémentaire de garde-fou et de régulateur de la vie publique. M. Nabih Berry fait paradoxalement œuvre de troïkiste quand il attaque la troïka. Mais on peut en quelque sorte mettre à son crédit le fait que dans ses déclarations, il affirme que l’existence de la troïka a permis de couvrir des affaires sordides, voire des magouilles en entravant de plus la mission de contrôle comme de législation du Parlement... Après de telles assertions, il est difficile d’imaginer que le système se verrait rétabli tel qu’il était et le chef du Législatif semble donc avoir raison d’en annoncer la mort, encore que ses révélations n’atténuent pas sa propre responsabilité dans les dysfonctionnements de la République. Du reste, une fois que la tempête sera apaisée, entendre après arbitrage des décideurs, il faudra revenir aux graves propos tenus par M. Berry, les étudier à tête reposée, tenter d’obtenir des précisions de sa part, pour sanctionner et corriger les déviations. Il vaut mieux se préparer dès maintenant à une calme ouverture de ces dossiers, avant que l’opposition ne s’en empare pour démolir le pouvoir en place dans toutes ses composantes...»
Les indications de Murr
De son côté, très inquiet, le vice-président du Conseil M. Michel Murr, éternel go between, indique en substance qu’on ne peut «laisser la crise en l’état, à l’ombre des développements régionaux actuels, de la signature de l’accord israélo-palestinien sur Hébron qui peut provoquer des réactions et des retombées néfastes, ce qui rend plus que jamais nécessaire, pour parer à toute éventualité, l’unification et la consolidation du front intérieur». M. Murr ajoute qu’il a reçu des appels téléphoniques de MM. Nabih Berry et Rafic Hariri reconnaissant qu’il était temps de mettre un terme à l’empoignade verbale. Il a précisé que M. Berry lui a répété que personnellement il ne recherche pas l’escalade, mais se croit en devoir de défendre des positions de principe chaque fois qu’elles lui semblent attaquées d’une manière ou d’une autre. Toujours selon M. Murr, M. Berry soutient qu’à ses yeux le différend reste de nature politique et n’affecte pas l’aspect personnel de ses relations avec Baabda, affirmant à ce sujet que ce sont certains médias qui montent l’affaire en épingle et jettent de l’huile sur le feu pour gagner de l’audience ou des lecteurs. M. Berry a donc souligné que les fuites en direction des médias ne sont pas du tout son fait, ajoutant que les propos que lui prêtent certains journaux sont imprécis voire tronqués.
Quant à la communication téléphonique de M. Hariri reçue par M. Murr, elle a mis l’accent, selon ce dernier, sur l’urgence qu’il y aurait à intensifier les efforts de médiation entre Baabda et Aïn el-Tineh...
Mais du côté des parlementaire acquis à la cause de leur chef, on affirme que M. Hariri reste de cœur avec M. Hraoui et l’on s’étonne qu’il n’ait pas, à ce stade aigu de tension, cru devoir intervenir lui-même comme conciliateur. Et l’on avoue en conclusion que les conditions pour régler la crise s’adressent bien plus au gouvernement qu’au chef de l’Etat: annulation du projet de permutation des directeurs généraux ou, au moins, maintien de l’attribution des postes aux mêmes communautés; réexamen de la décision d’organiser les municipales en juin prochain; engagement du Conseil des ministres de ne pas donner suite aux propositions hraouistes de retouches constitutionnelles, sauf après mûre concertation avec la Chambre...
P.A.-A.

