ACCRA, 17 Janvier (AFP). — Deux personnes ont été lynchées à mort à Accra, où une psychose s’est emparée des habitants, convaincus que certains esprits malfaisants peuvent faire disparaître leurs organes génitaux.
Dans la capitale ghanéenne, les rues offrent un spectacle étrange: de nombreux hommes ne se déplacent plus qu’une main dans leur poche et l’autre devant l’entrejambe, protégeant leur sexe.
Selon la rumeur, des hommes et des femmes dotés de pouvoirs surnaturels seraient capables de faire disparaître les organes génitaux masculins ainsi que les poitrines des femmes, par un simple contact physique avec leurs victimes.
Deux personnes accusées par la foule de s’être livrées à ces pratiques ont été lynchées à mort jeudi dans les rues d’Accra. D’autres, sérieusement blessées, ont dû être hospitalisées.
Treize personnes, parmi lesquelles deux Nigérians, ont été arrêtées et placées en détention pour y être protégées de la colère de la foule, selon des sources policières.
«Les personnes arrêtées pour avoir fait disparaître des organes seront traitées selon la loi», a indiqué vendredi la radio nationale ghanéenne.
Vendredi matin, dans un centre commercial d’Accra, un homme de 29 ans, nommé Akwasi, a raconté sa mésaventure.
«J’ai rencontré un homme, âgé d’une trentaine d’années, qui m’a demandé où l’on pouvait acheter du riz et des haricots. Comme je suis au courant de la rumeur sur la disparition des organes génitaux, je lui ai montré la direction en prenant soin d’éviter tout contact avec lui. Pour me remercier, il m’a tapé sur l’épaule et j’ai aussitôt senti mon sexe disparaître dans mon corps», affirme-t-il.
«Je l’ai vraiment senti disparaître. Je me suis mis à me déshabiller comme un fou. La foule est accourue et l’a attaqué, et il a dû me rendre mon organe», ajoute-t-il.
Les petites vendeuses postées devant la boutique d’Akwasi s’amusent: «Son sexe nous a ainsi été donné en spectacle gratuitement».
La télévision publique ghanéenne, l’unique chaîne du pays, a donné la parole à quelques victimes ainsi qu’à des personnes censées détenir ces pouvoirs maléfiques et grièvement blessées.
«Panique, drame à Accra: des hommes aux pouvoirs maléfiques frappent dans la rue», titre en une le Daily Graphic (gouvernemental). Deux photos de ces hommes aux «super-pouvoirs», sérieusement blessés et arrêtés, s’étalent dans le quotidien.
Une autre «victime», un lycéen de 17 ans, Azadagli Nii Osbert, a affirmé comment son sexe s’était ratatiné après qu’un inconnu, James Nii Okine, l’eut effleuré. Aux cris d’Azadagli, une foule s’est mise à frapper sur Okine à coups de bâtons, de pierres et de machettes. Une bonne âme a amené les deux hommes jusqu’au journal.
Azadagli a déclaré au journal que son «sexe était plus gros avant». «Des observateurs ont jugé que celui-ci avait une taille tout à fait respectable pour un garçon de 17 ans, mais le père a confirmé les dires de son fils», commente le quotidien.
«Satan s’empare d’Accra», titre pour sa part le Ghanaian Times, un autre journal détenu par l’Etat ghanéen.
En décembre dernier, les autorités ghanéennes avaient mis en garde leurs ressortissants sur des lynchages dont avaient été victimes des Ghanéens au Togo, soupçonnés de subtiliser des organes génitaux.
Des incidents similaires, au cours desquels des Nigérians ont été lynchés, se sont également déroulés récemment au Cameroun, selon la presse nigériane.


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