«Les choses peuvent changer, mais l’or ne perd jamais de sa valeur», explique Tran Van Quy, directeur de l’une des premières compagnies de commerce d’or de Hanoï, à trois semaines des fêtes du Têt qui vont encore stimuler le commerce du métal précieux.
Plus de 16 tonnes d’or ont été importées au Vietnam en 1996 sous les quotas fixés par le gouvernement, explique un responsable de la compagnie publique Vietnam National Gold, Silver and Gemstone Corporation.
Mais le chiffre réel est peut-être deux fois plus élevé, en raison de l’importance de la contrebande en provenance de Singapour, de Thaïlande ou du Cambodge et grâce aux économies rapportées au pays par les Vietnamiens d’outre-mer.
En 1987, à l’heure où commençait à peine l’ouverture économique, seulement une tonne d’or avait été importée. «Les gens ont de plus en plus recours à l’or parce que le niveau de vie a augmenté», explique M. Quy, qui ajoute que la demande restera forte encore de longues années.
Convoitises
excitées
Elle a pourtant baissé dans de nombreux autres pays asiatiques. Mais les Vietnamiens ont toujours recherché l’or pour préserver leurs économies.
L’or au Vietnam est utilisé par la population nantie pour les plus grosses transactions: achat d’une maison, d’un terrain ou même d’une moto: on stocke couramment des onces d’or dans des tiroirs secrets, dans les murs, et, chez les paysans, sous la terre. Car l’or excite les convoitises.
Le prix de vente d’une maison est ainsi toujours calculé en taël, ancienne unité chinoise d’un peu plus de 30 grammes. Il est fréquent de voir des maisons proposées par exemple à «360 taëls SJC», en référence à l’étalon d’une compagnie connue de Ho Chi Minh-Ville, la Saigon Jewelry Company.
A environ 390 dollars l’once contre 358 dollars sur le marché international, l’or est plus cher au Vietnam qu’ailleurs. «Les cours de l’or sur le marché international ont très peu d’effet sur les prix au Vietnam», affirme M. Quy.
Réflexe de
panique
La moitié de l’or est achetée en bijouterie, le reste pour réaliser des placements sûrs, dans un pays où la confiance de la population dans le système bancaire est très limitée.
Les Vietnamiens ont aussi gardé un très mauvais souvenir de l’hyper-inflation, avec des taux à trois chiffres, de la fin des années 80. Des rumeurs d’une prochaine dévaluation du dong en novembre dernier avaient entraîné un réflexe de panique bénéficiant au métal jaune.
La demande est particulièrement forte lors du Têt, époque où elle peut augmenter jusqu’à 50%, non seulement en raison des cadeaux que les hommes aiment à offrir à leur épouse — boucles d’oreilles, bagues, colliers — mais parce que c’est l’époque du solde des comptes pour l’année écoulée.
Pour Vu Minh Chau, négociant d’or ayant pignon sur rue dans le vieux Hanoï, il est impossible de dire quand la demande baissera. «Tant que l’économie continuera à croître, l’or sera recherché», prédit-il.
La plupart de l’or importé au Vietnam vient de Suisse ou d’Australie. Les mines d’or du pays — surtout dans le centre du pays — ne satisfont que 35% de la demande locale, selon M. Chau.
Sa boutique dispose d’instruments modernes de mesure et d’un système de surveillance qui lui ont coûté «plusieurs centaines de milliers de dollars».
Soupesant un lingot d’un kilo d’or 24 carats, M. Chau explique que c’est cette barre d’or pur que les Vietnamiens les plus fortunés aiment à cacher sous leur matelas.

