WASHINGTON, 16 Janvier (AFP). — Les mères juives voient en lui le gendre idéal, les diplomates arabes apprécient en connaisseurs sa facilité à parler des heures sans rien dévoiler d’essentiel: Dennis Ross était prédisposé à devenir l’homme des missions délicates au Proche-Orient.
Le négociateur américain, qui vient de parrainer l’accord entre Israéliens et Palestiniens sur Hébron, a estimé que «c’est la dimension psychologique (de telles négociations) qui prend le plus de temps».
M. Ross a passé plusieurs semaines au Proche-Orient pour sortir de l’impasse les discussions entre le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et le dirigeant palestinien Yasser Arafat.
«J’ai contribué (à l’accord) dans la mesure où j’ai passé pas mal de temps avec les deux dirigeants et où j’ai pu lever certains de leurs doutes», a-t-il expliqué à la chaîne de télévision CNN.
Ancien directeur du Washington Institute for Middle East Policy, un institut de recherche pro-israélien, M. Ross, né dans une famille de la bourgeoisie juive, a longtemps été perçu comme proche des thèses de l’Etat hébreu.
Mais ses relations ne sont pas particulièrement chaleureuses avec M. Netanyahu, qui se souvient du soutien que le gouvernement Clinton a apporté jusqu’à la dernière minute à son rival travailliste Shimon Pérès.
Dennis Ross a également su devenir un des interlocuteurs privilégiés de M. Arafat, qui l’appelle «M. Dennis» et ne manque pas de le féliciter à l’occasion des fêtes juives.
Même l’énigmatique président syrien Hafez el-Assad semble apprécier son sens de la nuance et sa connaissance encyclopédique des dossiers. Quand le dirigeant syrien et le secrétaire d’Etat Warren Christopher divergeaient sur un détail abordé dans un précédent entretien, raconte Martin Indyk, ambassadeur des Etats-Unis en Israël au quotidien «USA Today», c’était souvent vers Ross que Hafez el-Assad se tournait pour les départager.
Cet universitaire passé à la diplomatie a su se rendre indispensable à deux présidents, le républicain George Bush puis le démocrate Bill Clinton, et à trois secrétaires d’Etat successifs. M. Christopher l’a récemment qualifié de «trésor national».
Le secrétaire d’Etat désigné Madeleine Albright vient d’ailleurs de lui demander de rester à son poste pour le second mandat de Bill Clinton.
C’est Dennis Ross qui aurait convaincu l’ex-secrétaire d’Etat James Baker d’engager la diplomatie américaine dans les tractations qui ont abouti aux accords sur l’autonomie palestinienne.
Surnommé «spinmeister» (le grand manipulateur) par certains journalistes, cet homme réservé mais accessible, aux airs d’étudiant attardé, bavarde volontiers en jeans et baskets dans les couloirs de l’avion du secrétaire d’Etat.
Né il y a 48 ans à San Francisco (Californie), Dennis Ross a trois passions, disent ses amis: sa famille, l’équipe de football des San Francisco 49ers et le processus de paix. Ses films favoris sont «Lawrence d’Arabie» et les «Dix commandements».
Le porte-parole de la Maison-Blanche Michael McCurry soulignait mercredi «le grand investissement personnel» de Dennis Ross dans les négociations de paix au Proche-Orient.
Il avait pourtant commencé sa carrière diplomatique comme spécialiste de l’ex-URSS au Pentagone avant de diriger entre 1986 et 1988 le département Proche-Orient et Asie du Sud-Est du Conseil national de sécurité, puis de devenir responsable de la planification au département d’Etat.

