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Actualités - Chronologie

Auto-moto Dakar 97 Tombouctou : le choc de deux mondes

TOMBOUCTOU, 15 Janvier (AFP, Reuter). — Tombouctou la mystérieuse a connu mercredi, pour la seconde fois en une semaine, le passage tapageur du 19e Dakar, un événement marquant pour cette cité des sables sinistrée par cinq ans d’une rébellion qui a fait des centaines de victimes.
Une fois de plus, l’arrivée en force du rallye le plus célèbre au monde, avec ses bolides, ses avions et sa logistique de pointe, a traduit un décalage complet avec des régions déshéritées coupées du monde, où le silence et la méditation ont encore un sens. Un véritable choc de culture entre deux mondes que tout oppose.
Les quelque 160 rescapés du Dakar, harassés par une longue étape «cassante» de près de 600 km en pays touareg malien, n’auront eu qu’un bref aperçu de cette ville oubliée, au passé prestigieux, qui cherche à s’ouvrir, non sans mal, au modernisme.
La cité de René Caillié — premier Français à visiter Tombouctou —, avec ses ruelles ensablées, ses trois mosquées moyenâgeuses et la mémoire de ses 333 saints, a été traversée à vitesse réduite après une arrivée disputée aux portes de la ville.
L’étape Kidal-Tombouctou, l’une des plus épuisantes du rallye, a été remportée pour la première fois par l’Américain Lewis pour les motos, tandis que le trio de tête des Mitsubishi arrivait groupé pour les voitures, avec dans l’ordre Shinozuka, Fontenay et Saby.
Le gros de la troupe a rejoint sept km plus au sud le petit aéroport de Tombouctou, transformé en bivouac pour les concurrents, en bazar par les petits vendeurs de pacotilles, en aéroport international par les avions et les hélicoptères d’accompagnement.
Leur noria bruyante a attiré dès le matin de nombreux jeunes Tombouctiens, peu habitués à un tel spectacle. Dans une cité où chacun se bat pour la survie, les uns étaient venus pour vendre de l’artisanat touareg, d’autres de la nourriture ou des boissons. Mais tous étaient là pour voir aussi «le Dakar».
Peterhansel, Fontenay, Saby ou Shinozuka... le petit Baba, 13 ans, ne connaît pas. Mais les motos et les 4x4, c’est son truc. Elève à l’école coranique, le petit guide improvisé jubile: il est devenu copain avec un équipage japonais qui lui a donné pour ses services 150 FF à l’aller. Et 200 FF au retour. Un véritable pactole dans une région où l’on meurt de faim et où un fonctionnaire ne gagne guère plus en un mois.

Brassage fructueux

Baba a l’intention de s’acheter un vélo d’occasion en espérant pouvoir se payer plus tard, grâce au «tourisme», une moto et, pourquoi pas, faire à son tour le Dakar.

Pour des raisons économiques évidentes, et pour rompre avec la monotonie quotidienne, tout le monde attendait avec impatience un rallye qui n’était plus venu à Tombouctou depuis cinq ans, pour cause d’insécurité. Mais le Dakar est passé trop vite et certains commerçants sont déçus.

«Pour l’image de Tombouctou, se réjouit le maire Harber Sabanne, le Dakar est d’une importance capitale. Au-delà de sa haute portée sportive, il assure la promotion de toute la région et un brassage fructueux entre les autochtones et des gens venus de très loin».
Le maire se déclare satisfait des retombées économiques sur le petit commerce et les deux hôtels vétustes de la cité, qu’il faudra rénover pour accueillir des touristes plus exigeants que les routards habituels.
La Cité des sables cherche à sortir de son isolement après cinq années de luttes fratricides que tout le monde tente d’oublier. Côté positif, le Dakar 9 a apporté des devises et offert un spectacle rare à une population privée de tout.
Mais dans une région où les communications sont difficiles, le rallye a labouré les pistes, les rendant impraticables. Il faudra plusieurs mois pour en retracer d’autres.
Les anciens, qui ont gardé toute leur fierté, se plaignent aussi des retombées négatives de l’épreuve sur la mentalité des jeunes Tombouctiens, qui ont gagné de l’argent trop facilement. Ils risquent de quitter l’école pour «suivre les touristes» et faire vivre leur famille avec les «petits cadeaux».
En tout cas, le passage sans incident du rallye en zone touarègue malienne a montré que le problème de l’insécurité est pour l’instant réglé, même si des enlèvements de 4x4 par des éléments incontrôlés y ont encore eu lieu récemment.
Voici les classements de la 11e étape du rallye Dakar-Agades-Dakar, disputée sur 577 km entre Kidal et Tombouctou:

L’étape (autos):
1. Jean-Pierre Strugo (Fra) Mitsubishi 5h40’11’’
2. Pornsawan Siriwatanakun (Tha) Mitsubishi à 3’18’’
3. Kenjiro Shinozuka (Jap) Mitsubishi à 3’22’’
4. Hiroshi Masuoka (Jap) Mitsubishi à 4’14’’
5. Utta Kleinschmidt (All) Buggy à 7’12’’
6. Jean-Pierre Fontenay (Fra) Mitsubishi à 10’12’’

Classement général:
1. Shinozuka 48h45’35’’
2. Fontenay à 45’’
3. Saby à 9’35’’
4. Masuoka à 2h12’09’’
5. Kleinschmidt à 4h31’44’’
6. Servia à 4h40’25’’

L’étape (motos):
1. Jimmy Lewis (E-U) KTM 5h54’00’’
2. Oscar Gallardo (Esp) Cagiva à 9’10’’
3. David Castera (Fra) Yamaha à 11’33’’
4. Stéphane Peterhansel (Fra) Yamaha à 11’41’’
5. Jordi Arcarons (Esp) KTM à 14’13’’
6. Dirk von Zitzewitz (Austria) KTM à 19’29’’

Classement général:
1. Peterhansel 52h08’06’’
2. Arcarons à 1h29’37’’
3. Gallardo à 2h19’52’’
4. Lewis à 2h35’37’’
5. Castera à 2h51’47’’
6. Von Zitzewitz à 3h59’23’’
TOMBOUCTOU, 15 Janvier (AFP, Reuter). — Tombouctou la mystérieuse a connu mercredi, pour la seconde fois en une semaine, le passage tapageur du 19e Dakar, un événement marquant pour cette cité des sables sinistrée par cinq ans d’une rébellion qui a fait des centaines de victimes.Une fois de plus, l’arrivée en force du rallye le plus célèbre au monde, avec ses bolides, ses avions et sa logistique de pointe, a traduit un décalage complet avec des régions déshéritées coupées du monde, où le silence et la méditation ont encore un sens. Un véritable choc de culture entre deux mondes que tout oppose.Les quelque 160 rescapés du Dakar, harassés par une longue étape «cassante» de près de 600 km en pays touareg malien, n’auront eu qu’un bref aperçu de cette ville oubliée, au passé prestigieux, qui cherche à...