Le mufti jaafarite Ahmad Kabalan. Photo ANI
Le mufti jaafarite Ahmad Kabalan s'est de nouveau déchaîné vendredi contre le gouvernement, qu'il a accusé de mener une politique hostile au Liban-Sud et au Hezbollah, et a averti que « toute erreur concernant la résistance équivaudrait à une déclaration de guerre existentielle contre le Liban et sa souveraineté ».
Dans son prêche du vendredi à la mosquée de l'imam Hussein, à Bourj el-Brajneh, dans la banlieue sud de Beyrouth, le religieux chiite a dénoncé « une féodalité politique et sécuritaire au service d'un projet américano-sioniste visant à déchirer le pays et à piller ses ressources et ses richesses ». « Toute erreur concernant la résistance équivaudrait à une déclaration de guerre existentielle contre le Liban et sa souveraineté, au profit d’un Israël terroriste et de son projet destructeur visant à sioniser ce pays, sur lequel s’acharnent les couteaux des relais locaux de Tel-Aviv. Toute erreur dans ce domaine serait d’une gravité comparable à la destruction, à l’écrasement et à l’incendie de chaque parcelle du territoire libanais », a-t-il vociféré.
Ces propos d'Ahmad Kabalan interviennent au lendemain de précédentes menaces lancées par le député du Hezbollah Hassan Fadlallah, qui avait reconnu publiquement que les centaines de kilos d'explosifs saisis à Dahr el-Baïdar appartenaient au parti-milice pro-iranien. Répondant aux propos du ministre de la Justice, Adel Nassar, proche des Kataëb, qui avait réclamé que le dossier soit envoyé devant la Cour de justice, une juridiction d'exception dont les jugements sont sans appel, le député de Bint Jbeil avait mis en garde les autorités contre les « conséquences et dangers » qui pourraient en découler, « au point que nul ne sait alors ce qu’il adviendrait du pays ».
Le mufti jaafarite a également estimé que le Liban ne disposait plus des capacités étatiques nécessaires « pour gérer les crises et mener des réformes », accusant le pouvoir exécutif de faire preuve de « désinvolture » et de « s'obstiner à punir le Sud, la banlieue sud et la Békaa », au risque d'attiser les tensions entre les différentes composantes de la société libanaise. « L'offensive organisée contre la résistance est une attaque délibérée contre la souveraineté du Liban et son existence même », a-t-il ajouté.
L'affaire de Dahr el-Baïdar a ravivé les tensions politiques au Liban depuis l'arrestation, le 5 octobre, de deux hommes liés au Hezbollah en possession d'importantes quantités de TNT et de C-4, faisant ressurgir les craintes d'assassinats politiques et accentuant le bras de fer entre le parti chiite et le gouvernement, qui a interdit ses activités militaires et sécuritaires. Le Hezbollah affirme, de son côté, que ces matières explosives étaient exclusivement destinées à sa « résistance » contre Israël dans le sud du pays.
Le parti-milice n'a revendiqué aucune attaque contre Israël depuis la signature, à la mi-juin, du protocole d'accord entre l'Iran et les États-Unis. L'armée israélienne, qui occupe environ 620 km² dans le sud du Liban, poursuit quant à elle ses destructions systématiques dans la bande frontalière et y mène des attaques quotidiennes.
Le gouvernement libanais s'est engagé en août 2025 à désarmer le Hezbollah, qui le refuse catégoriquement. Le désarmement, prévu dans l'accord de Taëf (1989), la résolution 1701 du Conseil de sécurité (2006) et l'accord de cessez-le-feu de 2024, est la condition sine qua non posée par Washington pour débloquer des financements devant permettre la reconstruction des zones dévastées par les guerres successives entre la milice chiite et Israël.
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