La police a pris le contrôle du siège de la principale chaîne privée d'opposition, Halk TV, et a interpellé onze de ses salariés, ont annoncé mercredi la chaîne et le bureau du procureur d'Istanbul.
« La police est dans le bâtiment de Halk TV. Un administrateur est désigné (pour prendre le contrôle de la chaîne, NDLR). La diffusion en direct a été interrompue », a affirmé la chaîne sur X. « Des mandats d'arrêt ont été émis contre 17 personnes et 11 personnes ont été placées en garde à vue lors d'opérations simultanées menées le matin du 14 octobre 2026 » dans le cadre d'une enquête sur « la corruption, le trucage d'appels d'offres et le blanchiment d'argent », a annoncé le bureau du procureur d'Istanbul cité par les médias turcs. L'administration de la chaîne a été confiée au Fonds d'assurance des dépôts d'épargne (TMSF), un organisme public, a ajouté le bureau du procureur.
« Un administrateur est désormais désigné pour Halk TV. Ses équipements ont été saisis. Notre chaîne est officiellement assiégée. Je ne peux toujours pas accéder au bâtiment où je travaille depuis cinq ans », a écrit sur X la journaliste Gamze Altunay. Dans une vidéo partagée par Halk TV sur le même réseau social, on peut voir le rédacteur en chef Suat Toktas en train de parler avec l'administrateur désigné par les autorités turques pour le convaincre de ne pas couper le direct. « Ce qui est en train de se passer est hors la loi », affirme-t-il.
« Arbitraire »
La police mène depuis 05h30 (02h30 GMT) une perquisition dans les locaux de la chaîne et empêche les employés arrivant le matin d'entrer dans le bâtiment, a précisé la chaîne.
« Faire irruption dans une chaîne de télévision à l'aube et nommer un administrateur est une chose que seuls les dictateurs feraient. Malheureusement, c'est ce qu'ils ont fait à notre pays », a réagi sur X le chef du principal parti de l'opposition, Özgür Özel. « L'arbitraire dont le pouvoir politique s'est servi ces dernières années pour régler les problèmes a une fois de plus frappé la liberté de la presse. (...) Nous refusons cette tyrannie », a affirmé de son côté le Syndicat des journalistes de Turquie.
La prise de contrôle de Halk TV par les autorités turques intervient deux semaines après le blocage d'accès du site d'information indépendant T24, l'un des plus importants du pays, pour des raisons de « propagande LGBT ».
Selon la loi turque, un administrateur ou tuteur peut être désigné par les autorités pour prendre le contrôle d'une entreprise, ainsi que des municipalités, en cas d'enquête ou mandat d'arrêt visant ses dirigeants.