Des élèves et étudiants français lors d'une manifestation à Lyon, le 2 octobre 2026. Photo Alex MARTIN / AFP
Quatre cents lycées fermés par les autorités, de nombreux cours en distanciel: le blocage des lycées se poursuit vendredi en France pour dénoncer le manque de moyens et d'enseignants, au lendemain d'une journée marquée par des violences. Le mouvement, qui a touché plus d'un quart des lycées français et une trentaine d'universités, s'est enflammé la veille dans de nombreuses villes, le gouvernement condamnant des « violences urbaines » et en imputant la faute à la gauche radicale.
À sept mois environ de la présidentielle dans le pays, où la candidate de l'extrême droite Marine Le Pen est donnée favorite par les sondages et le climat social électrique en raison de la flambée du prix des carburants, le dossier est particulièrement sensible.
Vendredi matin, le ministre de l'Éducation nationale Edouard Geffray a demandé l'aide des parents : « dans la rue, les enfants sont en danger », a-t-il souligné sur BFMTV. Au total, « 1.027 établissements », sur environ 3.700 lycées en France, « ont été concernés jeudi par le mouvement lycéen, dont 222 blocages », selon les autorités.
Près de 2.000 interpellations
Jeudi, tous les départements ont été concernés et les forces de l'ordre ont procédé à près de 2.000 interpellations, selon les autorités. Plus de 300 policiers et gendarmes ont été blessés, le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez condamnant « une violence débridée ». De son côté, M. Geffray a annoncé que 65 personnels de l'Éducation nationale - dont 40 proviseurs et 170 élèves - avaient été blessés depuis le début du mouvement. « Il y a clairement une entreprise d'attaque et de destruction du service public de l'Éducation », a-t-il estimé, ajoutant que « plus d'une centaine de lycées ont connu des dégradations sévères ».
Le ministre de la Justice Gérald Darmanin a demandé aux procureurs d'engager la responsabilité civile des parents en cas de dégâts provoqués par leurs enfants afin de leur faire « payer les réparations ». Tous les préfets ont pris des arrêtés d'interdiction de manifester vendredi aux abords des lycées fermés.
« ça nous enrage »
À Paris, le feu a endommagé vendredi les entrées de deux lycées. À Rennes, dans l'ouest de la France, la tension était palpable devant le lycée public Jean-Macé, avec des jeunes cagoulés et en noir et non loin de nombreux policiers.
« Pour nous, on a gagné, on a notre lycée fermé ce matin », témoigne Lola, 16 ans, en déplorant les violences : « ça nous enrage encore plus, la police n'a pas le droit de nous taper, de nous gazer ». Elle dit manifester notamment contre « les sous-effectifs, pour plus d’argent » et « pour des emplois du temps moins chargés ».
Selon les services du Premier ministre, le mouvement serait une « manœuvre organisée par LFI (La France insoumise) et ses proxys de l'ultra-gauche ». Le coordinateur de LFI Manuel Bompard a reproché à Matignon de « sombrer dans le complotisme ». Il a rappelé que le mouvement lycéen « est né d'une contestation dans un lycée à Créteil (banlieue parisienne) où il manquait trois professeurs, une proviseure adjointe, une assistante sociale et une psychologue scolaire ».
La France souffre d'un manque d'enseignants, profession en perte d'attractivité du fait notamment de salaires bas. Pour les élèves confrontés, parfois dans la durée, à l'absence d'un professeur non remplacé, le préjudice éducatif a été maintes fois documenté.
Renouer le dialogue
Dans ce contexte explosif, le gouvernement a renoncé à faire payer des frais d'inscription en BTS (brevet de technicien supérieur) ou en classe prépa, mesure inscrite dans le projet de budget 2027.
Afin de renouer le dialogue, le ministre de l'Education rencontre depuis 09h00 (7h00 GMT) les syndicats de l'éducation et associations lycéennes, dont l'Union syndicale lycéenne, fer de lance de la mobilisation, et des parents d'élèves, ainsi que les élus du Conseil national de la vie lycéenne.
Les organisations appellent à une poursuite du mouvement avant une grande manifestation mardi.