Les urgences de l'hôpital de l'Université américaine de Beyrouth, dans la soirée du 17 septembre 2024, après l'explosion des bipeurs piégés du Hezbollah. Photo Mohammad Yassine/L'Orient-Le Jour
Un peu plus de deux ans après l’opération israélienne ayant visé des bipeurs piégés du Hezbollah, le média israélien Walla a révélé de nouveaux détails sur la préparation de l’attaque. Selon le site, 500 appareils avaient été envoyés au Liban avant le 7-Octobre 2023. Et c'est après le début de la guerre à Gaza, que le processus de piégeage de ce type de dispositifs s’est toutefois considérablement accéléré. Les 17 et 18 septembre 2024, des milliers de bipeurs et de talkies-walkies piégés appartenant au Hezbollah avaient explosé simultanément à travers le Liban, dans des habitations, des supermarchés, des hôpitaux et d’autres lieux publics. Les explosions avaient fait une douzaine de morts et plus de 2 900 blessés.
Selon Walla, au début de la guerre à Gaza, le Mossad avait déjà fourni 500 appareils au parti chiite. Après le 7-Octobre, le chef du Mossad de l’époque, David Barnea, aurait ordonné d’accélérer la production. Pour tenir des « délais serrés » sans compromettre la qualité, les services de renseignement israéliens auraient décidé d’installer une chaîne d’assemblage au sein même du siège du Mossad. Un problème s’est toutefois rapidement posé : aucun bâtiment ni aucune installation du siège n’était suffisamment vaste pour accueillir l’ensemble des postes d’assemblage. Le seul espace disponible était alors la salle de sport du Mossad, rapporte le média israélien.
Avec l’approbation de David Barnea, « toute l’installation a été débarrassée du matériel de musculation et des haltères, et une usine de défense a été créée au cœur du siège », écrit Walla. Plusieurs bâtiments préfabriqués auraient également été installés à proximité. « Le personnel du Mossad s’est relayé jour et nuit, en équipes de 24 heures, pour intégrer la matière explosive dans les dispositifs », poursuit le média.
Selon Walla, le Mossad savait que l’ancien secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, assassiné une dizaine de jours après l’opération, ne portait pas de bipeur lorsqu’il se trouvait dans son bunker. Plusieurs de ses plus proches collaborateurs et gardes du corps, en revanche, utilisaient ces appareils pour recevoir des messages opérationnels. « Au moment critique, les personnes les plus proches de Nasrallah ont été frappées par les explosions et se sont effondrées juste à côté de lui… Il a été témoin de la scène de ses propres yeux. Ce n’étaient pas de simples exécutants à l’extérieur du bunker, mais des individus qu’il connaissait intimement », souligne le média.
L'article publié affirme par ailleurs que des « responsables des renseignements israéliens ont confirmé que le succès de l’opération des bipeurs a servi de source d’inspiration et a conduit à la planification et au développement de nouvelles armes révolutionnaires ainsi qu’à des innovations technologiques au sein du Mossad, du ministère de la Défense et de l’armée israélienne. »
Près de deux mois après les explosions, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu avait reconnu la responsabilité d’Israël dans cette opération coordonnée. Il avait alors affirmé que celle-ci, comme l’assassinat de Hassan Nasrallah fin septembre, avait été menée par le Mossad avec son feu vert, malgré l’opposition de hauts responsables de la sécurité et de certains ministres. En décembre 2024, deux anciens agents du Mossad ont révélé dans l’émission 60 Minutes de CBS News comment le Hezbollah avait été dupé, achetant des milliers de talkies-walkies et bipeurs piégés, sans se douter qu’ils avaient été fabriqués en Israël.