Des agents de la police anti-émeute turque sont photographiés lors d'une manifestation contre les arrestations et les persécutions croissantes dont sont victimes les militants LGBTQ à Ankara, le 15 septembre 2026. Photo Adem ALTAN/AFP
La police turque a libéré mercredi plus de 100 manifestants qui avaient été interpellés la veille alors qu'ils protestaient contre une vaste opération de répression visant la communauté LGBTQ durant le week-end, selon des défenseurs des droits et un journaliste de l'AFP. Ces 106 personnes avaient été interpellées mardi devant un tribunal d'Istanbul, où des militants devaient lire une déclaration dénonçant des rafles massives visant des membres et des militants de la communauté LGBTQ.
L'Association des avocats progressistes (CHD) a confirmé mercredi soir la libération de l'ensemble des 106 personnes, un correspondant de l'AFP ayant assisté à la plupart de ces remises en liberté. Parmi elles figuraient deux journalistes — l'un du quotidien de gauche BirGün et l'autre de la chaîne de télévision allemande ARD — interpellés alors qu'ils couvraient la manifestation, ont précisé la CHD et BirGün.
Dimanche matin, la police turque a lancé des raids contre des bars gays, des boîtes de nuit ainsi que les domiciles de militants et de membres de la communauté LGBTQ, en vertu de mandats visant 162 personnes, neuf organisations et 13 entreprises dans 15 provinces, dont Istanbul, Ankara et Izmir. Selon l'association turque des avocats pour la justice (AIH), 109 personnes ont été interpellées.
Le président Recep Tayyip Erdoğan, à la tête d'un gouvernement islamo-conservateur, a qualifié la communauté LGBTQ de mouvement « déviant » composé de « pervers ». Son ministre de la Justice a justifié ces raids en affirmant qu'ils visaient à protéger « les enfants et l'institution de la famille ».
Mercredi soir, les tribunaux de plusieurs villes avaient placé en détention provisoire 81 des personnes arrêtées dimanche, selon Kaos GL, une importante organisation de défense des droits LGBTQ qui a elle-même été visée par les raids de dimanche. Trente-trois autres personnes ont comparu mercredi devant un tribunal d'Istanbul. Un juge a ordonné l'incarcération de 20 d'entre elles, tandis que les 13 autres ont été remises en liberté sous conditions, a indiqué Kaos GL. Au moins neuf des personnes incarcérées représentaient des organisations LGBTQ.
Mardi soir, un tribunal d'Ankara avait ordonné l'incarcération de 13 personnes, dont sept membres de Kaos GL, cinq personnes transgenres et un journaliste. Vingt-huit autres personnes ont été incarcérées à Mersin, a rapporté l'agence de presse DHA. Par ailleurs, les restrictions d'accès visant les sites web et les comptes de réseaux sociaux d'associations, de militants et de groupes de défense des droits LGBTQ — entamées samedi — se poursuivaient mercredi, a indiqué sur X l'association turque pour la liberté d'expression IFOD.
Les derniers comptes bloqués sont ceux de plusieurs journalistes de gauche, d'un média socialiste et de deux fédérations regroupant des organisations de femmes, a précisé l'association. Ces derniers jours, les autorités turques ont bloqué l'accès aux comptes d'avocats, de défenseurs des droits humains, du groupe de défense juridique MLSA, d'Amnesty International Turquie, du collectif « Universitaires pour la paix » et du journal Evrensel, entre autres.
Bien que les relations entre personnes de même sexe soient légales en Turquie, l'hostilité envers les personnes LGBTQ reste très répandue, l'homophobie étant manifeste jusque dans les plus hautes sphères du gouvernement. La communauté LGBTQ de Turquie subit une pression croissante depuis que le gouvernement a annoncé que 2026 marquerait le début de sa « Décennie de la famille ».
Cette répression a suscité les critiques des partis d'opposition et de l'Union européenne. Nacho Sanchez Amor, rapporteur du Parlement européen sur la Turquie, a qualifié ces arrestations d' »escalade choquante de la répression ».